lundi 8 février 2021

Malcolm et Marie : Brillant, virtuose... mais un peu vain

 

★★

Après l’avant-première de son dernier film, Malcolm rentre chez lui avec sa compagne Marie. Les premiers échos sont très bons et les critiques s’annoncent excellentes… Mais la soirée prend vite un ton inattendu pour le couple, qui va devoir affronter des vérités douloureuses sur leur relation. 

Tournée dans une villa de Californie, pendant l’été dernier, en pleine pandémie, avec une équipe réduite pour raisons sanitaires, Malcolm et Marie est un huis-clos autour de la dispute d’un couple, d’une certaine façon un produit du confinement. 

Mentionnons d’abord le positif. Il y a d’abord les deux seuls acteurs du films, John David Washington et Zendaya, tous deux remarquables, et même assez fascinante en ce qui concerne Zendaya. Il y a ensuite, la maîtrise et même la virtuosité de la caméra dans certaines scènes. Il y a enfin le grain et la lumière d’une très belle image en noir et blanc, filmée en 35 mm. 

Mais je ressors malgré tout du film avec un sentiment mitigé, un peu fatigué par près de deux heures de dispute et de discours sur le petit monde du cinéma. Car on se demande si le sujet du film est vraiment l’histoire de ce couple ou si Sam Levinson n’utilise pas leur dispute pour régler ses comptes avec le petit monde du cinéma et la bien-pensance hollywoodienne. L’histoire, bien que très bien filmée, est finalement une succession de dialogues, voire plutôt de monologues qui s’enchaînent, dans un rythme alternatif, en montagnes russes, un peu trop systématique… pour aboutir à une fin plutôt convenue devant laquelle on se dit un peu : tout ça pour ça ? 

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Malcolm et Marie, un film de Sam Levinson, disponible sur Netflix

lundi 1 février 2021

The Dig : quelle trace laisse-t-on derrière soi ?

 

★★

En 1939, Edith Pretty est une riche veuve vivant dans une grande propriété au Royaume-Uni. Elle engage Basil Brown, un archéologue amateur, pour entreprendre des fouilles sur son terrain. Il va mettre au jour un très ancien navire funéraire saxon enseveli sous terre. La découverte est majeure et attire les convoitises, celle du petit musée local d’Ipswich mais surtout celle du British Museum qui entend bien s’approprier la découverte… 

Adapté du roman éponyme de John Preston, et s'inspirant d'une histoire vraie, The Dig est un très beau film d'époque, à l’ambiance british, un drame historique qui assume avec élégance son classicisme, par ailleurs au bénéfice d'une très belle photographie. 

Au coeur du film, il y a l’archéologie, évoquée de façon assez passionnante, avec le miracle et l’excitation de la découverte d’un trésor du passé, mais aussi la fragilité de ces traces préservées… Le fait que le récit se déroule à la veille de la Seconde Guerre Mondiale en souligne la portée : face à un avenir incertain, combien il est important de comprendre son histoire et son passé. 

Le récit interroge notre rapport au temps, et les traces que nous laissons derrière nous. Le propos n’est donc pas sans une dimension métaphysique, d’autant qu’il intègre les enjeux personnels et intimes des différents personnages. Le film parle de la vie et de la mort, toutes deux très présentes dans le récit : dans la découverte d’un site funéraire, l'ombre inquiétante d’une guerre inéluctable, les interrogations d’une jeune veuve qui se sait malade, avec son fils qui s’attache comme à un père de substitution à un archéologue amateur qui n’a jamais eu d’enfant... Alors, même s’il y a peut-être un peu trop de récits secondaires, on est vraiment touché par les deux beaux personnages centraux du film et l’amitié qui les lie. Deux personnages qui sont magnifiquement incarnés à l’écran par une Carey Mulligan bouleversante et un Ralph Fiennes touchant, tous deux très justes et d'une profonde humanité.  

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The Dig, un film réalisé par Simon Stone, disponible sur Netflix


lundi 25 janvier 2021

Le tigre blanc : une fable sociale sur l'Inde d'aujourd'hui... et au-delà

 

★★

A l’occasion d’une visite en Inde du premier ministre chinois, un jeune entrepreneur prospère lui écrit pour raconter son parcours, y voyant une opportunité à saisir. Il explique comment il a réussi à sortir de sa condition de pauvre villageois misérable pour être ce qu’il est devenu. Tout a commencé quand il a su se faire embaucher comme chauffeur d’Ashok, de retour des Etats-Unis avec son épouse Pinky… 

Adaptation du roman éponyme, un best-seller récent, le tigre blanc est une fable contemporaine, cruelle et noire, sur l’Inde d’aujourd’hui, un pays gangrenée par la corruption, entre tradition - religieuse et sociale, avec son système de castes - et modernité - où le capitalisme et la mondialisation accentuent les inégalités. Désormais, il ne reste pratiquement plus que deux castes dans le pays : les très riches et les très pauvres, les gros ventres et les ventres creux, avec deux destinées possibles : manger ou être mangé. 

L’Inde d’aujourd’hui est ainsi vue à travers le regard de ce jeune homme, naïf (faussement ?) mais aussi rusé et opportuniste. Animé d’un esprit de revanche, il arrivera à s’extirper de sa condition, quitte à s’autoriser quelques licences morales. De poulet en cage, soumis et passif, il va devenir un tigre redoutable… 

Dans sa première partie, le film décrit les tensions et les contradictions de la société indienne, à travers une relation de domination et de servitude compliquée, puisqu’elle implique un homme, Indien d’origine mais occidentalisé par son séjour aux Etats-Unis. Un événement inattendu (teasé au début du film) va provoquer une bascule, au milieu du film, qui le rend du coup beaucoup plus sombre et caustique. La fable sociale lorgne du côté du thriller, jusqu’à une conclusion plutôt cynique, en forme de mise en garde qui va bien au-delà du contexte indien, à l’heure de la mondialisation… 

Le film souffre d’une voix off un peu envahissante, surtout au début. Mais on suit l'histoire de Balram avec intérêt, avec l'envie de connaître le fin mot de l'histoire... qui se révèle, finalement, un peu dérangeant, et nous fait réfléchir sur ce qui attend notre monde demain. 

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Le tigre blanc, un film de Ramin Bahrani, disponible sur Netflix


lundi 11 janvier 2021

Pieces of a Woman : un drame intime, illuminé par son actrice principale

★★

Martha et Sean s’apprêtent à devenir parents. Ils ont décidé que l’accouchement se déroulerait à la maison. Mais le jour venu, les choses ne se passent pas comme prévu. La sage-femme qui s’est occupé de Martha pendant sa grossesse doit être remplacée par une autre et l’accouchement est difficile. Et malheureusement, le nouveau-né meurt quelques minutes après sa naissance. 

Pieces of a Woman, c’est d'abord une scène d’ouverture impressionnante, un très long plan séquence suffoquant jusqu’au drame qui le conclut. C’est aussi une belle conclusion, émouvante et empreinte d’espoir, malgré tout. Entre les deux, c’est l’histoire d’un couple qui se dissout, incapable de faire face au deuil qui les frappe… une histoire qui, je trouve, traîne un peu en longueur. 

Finalement, je me demande si le film n’aurait pas dû se concentrer plus exclusivement sur l’évolution du personnage de Martha, et ne pas se perdre un peu avec ses histoires de couple et de famille. D’autant que la performance d’actrice de Vanessa Kirby est absolument remarquable et mérite tous les éloges. 

Malgré ses défauts, le film mérite d’être vu, au moins pour son extraordinaire scène d’ouverture et pour la performance de son actrice principale. 

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Pieces of a Woman, un film de Kornél Mundruczó, disponible sur Netflix


mardi 29 décembre 2020

Mon bilan ciné de 2020



2020 aura été une année difficile pour le cinéma... D'abord pour les exploitants de salles, les producteurs, les réalisateurs, les acteurs, les techniciens et tous ceux qui en vivent, mais aussi, dans une moindre mesure, pour les cinéphiles privés de leur passion. On espère évidemment une réouverture au plus vite des salles obscures !

Cette année, j’ai tout de même pu voir 65 films au cinéma. Suffisamment pour pouvoir faire un bilan, d'autant que les bons films ne manquaient pas ! Mais j’ai aussi voulu mentionner quelques films sortis sur des plateformes de streaming, parce que désormais il y a aussi de très bons films qui ne sortent pas en salle (et pas seulement à cause des confinements)… 

Voici donc ma sélection personelle de 2020, avec d'abord mes trois films de l'année, ceux qui m'ont sans doute le plus marqué cette année (dans l'ordre chronologique de leur sortie) ; ensuite mes coups de coeur, dans tous les genres et de tous les pays (là aussi dans l'ordre chronologique de leur sortie) ; enfin quelques films sortis uniquement sur les plateformes de streaming (avec mon préféré en premier). 

Mes films de l’année

Dark Waters (de Todd Haynes)

Dark Waters est un film puissant et engagé, précis, documenté… et franchement inquiétant. La démonstration du film est implacable. On en ressort vraiment secoué. Au-delà de son propos militant, le film est aussi humainement poignant. La réalisation de Todd Haynes est remarquable, à la fois sobre, précise et efficace, avec aussi un remarquable travail sur la lumière. Et dans le rôle principal, Mark Ruffalo, très impliqué dans le projet du film, est impeccable.

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La communion (de Jan Komasa)

Un film passionnant sur l’ambivalence, celle de son personnage principal capable du meilleur comme du pire - de la douceur et de la compassion comme de la violence la plus extrême - ou celle de ces habitants pieux et pourtant prisonniers de rancoeurs et de haines. Au-delà du contexte polonais, le film est riche de nombreuses thématiques universelles passionnantes, autour de la foi et la religion, la culpabilité et la rédemption, le pardon et la réconciliation, la vérité et le mensonge…

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Dans un jardin qu’on dirait éternel (de Omori Tatsushi)

Ce film lent et contemplatif est paisible et apaisant, plein de nostalgie, de poésie et de grâce. On comprend que l’art du thé est en réalité le reflet d’une philosophie de la vie, en harmonie avec les saisons, à l’écoute de la nature. Le film est un véritable éloge de la lenteur, qui fait un bien fou dans notre monde moderne stressé et inquiet !

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Mes coups de coeur

Jojo Rabbit (de Taika Waititi)

Un film assez inclassable, vraiment original, une comédie burlesque et satirique, qui ose l’humour noir, mais aussi un film tendre, poétique, émouvant, et un drame familial au milieu de la guerre et de l’idéologie nazie. Lire ma critique complète

Swallow (de Carlo Mirabella-Davis)

Un film dérangeant mais passionnant. Le récit d’émancipation d’une femme sous l’emprise d’un modèle patriarcal, entretenu par son mari et sa belle-famille.  Ce n’est pas un hasard si elle se met à avaler des objets incongrus en même temps qu’elle devient enceinte…  Lire ma critique complète 

Le cas Richard Jewell (de Clint Eastwood)

Clint Eastwood filme à nouveau l’histoire vraie d’un héros malgré lui, mais cette fois le héros devient, bien malgré lui, l’ennemi public numéro 1. Un thriller intimiste, sobre et épuré, mais aussi plein d’émotion. Lire ma critique complète

Exit (de Rasmus Kloster Bro)

Exit revisite avec brio le genre du film catastrophe, de façon assez radicale et très sombre. Minimaliste, le film est réalisé pratiquement sans effets spéciaux mais au plus proche de l’angoisse. Sous terre, animé du seul instinct de survie, le tréfonds de l'âme humaine se révèle... Lire ma critique complète

Benni (de Nora Fingscheidt)

Un drame percutant, un film dur mais touchant. Un véritable cri déchirant sur le besoin d'amour. Réaliste et fort, le film décrit la détresse de Benni et le désarroi de ceux qui veulent l’aider, sans tomber dans la complaisance ou l’angélisme. Lire ma critique complète

L’ombre de Staline (d’Agnieszka Holland)

Le portrait d’un journaliste méconnu, véritable lanceur d'alerte de son temps sur les horreurs du stalinisme. Au-delà de l’intérêt historique de son sujet, le film a une portée très actuelle, mettant en garde toute société dont le rapport à la vérité est faussé. Lire ma critique complète

Madre (de Rodrigo Sorogoyen)

Un film troublant et bouleversant. Un drame poignant qui illustre le fait que la blessure d’une mère qui a perdu un enfant ne se referme jamais… qu’une telle douleur peut littéralement interrompre la vie d’une mère, et que le chemin qui conduit à la lumière est long et douloureux. Lire ma critique complète

The Climb (de Michael Angelo Covino)

Une histoire d’amitié entre deux hommes très différents, chacun avec ses failles et ses fragilités, parfois énervants mais attachants. Une amitié pas toujours facile, parfois même toxique mais qui, sans cesse, renaît et traverse les épreuves. Lire ma critique complète

The King of Staten Island (de Judd Aparow)

Une comédie douce-amère, chronique d’un adulescent qui se cherche. Un film qui nous fait passer par toute une gamme d’émotions, avec bonheur. Avec la révélation de Pete Davidson, l’acteur principal, tout simplement génial. Lire ma critique complète

Tenet (de Christopher Nolan)

Pas le meilleur film de Christopher Nolan mais certainement le plus jubilatoire ! Le film mélange en quelque sorte les ingrédients de Memento, Inception et Interstellar, mais survitaminés, dans un film d’action époustouflant. Lire ma critique complète

Antoinette dans les Cévennes (de Caroline Vignal)

Une comédie romantique avec un âne (c’est bien un des personnages principaux du film !). Le film est drôle et touchant, non sans certains accents féministes et mélancoliques, autour de son héroïne, gaffeuse et fleur bleue, incarnée par une irrésistible Laure Calamy. Lire ma critique complète 

Les choses qu’on dit les choses qu’on fait (d’Emmanuel Mouret)

Un film brillant et subtile sur la complexité du sentiment amoureux. Les dialogues sont très écrits, et ça peut surprendre au premier abord, dans la bouche de personnages contemporains. Mais quel plaisir gourmand d’entendre une si belle langue ! Lire ma critique complète

Drunk (de Thomas Vinterberg)

Un véritable numéro d’équilibriste, à la fois drôle et tragique, existentiel et transgressif, avec un formidable Mads Mikkelsen en funambule désabusé qui se perd dans l’alcool pour tenter de retrouver la flamme. Lire ma critique complète


Sur les plateformes de streaming

Uncut Gems (de Joshua et Ben Safdie, sur Netflix)

Les frères Safdie ont encore frappé ! Dans ce thriller noir, violent, bruyant, volubile, urbain, nocturne, ils donnent une leçon de cinéma. La caméra est virtuose. Les dialogues sont percutants. Le scénario vous prend et ne vous lâche pas, dans un rythme un peu fou, jusqu’au dénouement… qui m’a scotché et m’a laissé KO ! Lire ma critique complète


Les Sept de Chicago (d’Aaron Sorkin, sur Netflix)

Un film éminemment politique, qui résonne d’une manière particulière dans le contexte de l’Amérique d’aujourd’hui. C’est haletant, jusqu’à un dénouement d’une grande force émotionnelle. Tout simplement passionnant. Un uppercut politique à couper le souffle.  Lire ma critique complète


Mank (de David Fincher, sur Netflix)

A la fois un brillant hommage au cinéma et une critique de son industrie. C’est aussi un hommage spécifiquement au travail de scénariste. On retrouve la virtuosité de Fincher, dans la variété et l’inventivité des plans, les mouvements de caméra, la direction d’acteurs, le tout sublimé par un travail extraordinaire sur la lumière, le montage et le son qui recréent une atmosphère parfaite des années 30-40. Lire ma critique complète


The Vast of Night (de Andrew Patterson, sur Amazon Prime Video)

Film indépendant, au budget très réduit, une petite merveille de science-fiction intelligente, remplie de clins d’oeil au genre (The Twillight Zone, Spielberg…) Un récit d’extra-terrestre malin, qui fait la part belle aux dialogues, empreint de nostalgie, et qui garde en haleine jusqu’au bout, jusqu’à un final plein de poésie.  Lire ma critique complète

Pinocchio (de Matteo Garrone, sur Amazon Prime Video)

Une véritable féérie, un film magique et nostalgique, pour petits et grands. C’est d’abord un enchantement visuel : les décors, les costumes, les maquillages, tout est absolument superbe ! C’est un vrai travail d’orfèvre, d’une grande poésie. Lire ma critique complète


lundi 28 décembre 2020

Minuit dans l'univers : un bon film SF classique, c'est déjà pas si mal !


En 2049, suite à un événement dont le film ne dit rien explicitement, l’air sur la terre devient irrespirable, contraignant les survivants à se réfugier sous terre. Augustin Lofthouse, un grand scientifique qui a découvert K-23, un satellite caché de Jupiter qui pourrait accueillir les humains, refuse de quitter l’observatoire Barbeau, dans le cercle arctique. Il est malade et très affaibli... et il découvre qu’il n’est pas seul : une petite fille, qui ne parle pas, nommée Iris, a été oubliée dans l’évacuation. Dans le même temps, dans l’espace, un vaisseau spatial est sur le chemin de retour, en provenance de K-23. Ils ignorent tout des événements survenus sur la Terre, ayant perdu toute communication avec la base. Tous leurs efforts pour contacter la Terre restent vains. Découvrant de son côté que la mission est toujours en cours, Augustin va tout faire pour contacter l’équipage. 

Le film n’est, certes, pas d’une originalité folle : c’est de la SF post-apocalyptique très classique. Ça n'en est pas moins un bon film de science-fiction, et ce n’est pas si courant que cela. Les mauvaises langues diront qu’on a déjà vu les images cent fois et que le film s’inspire un peu trop explicitement de classiques du genre (on pense, évidemment, à Gravity ou Interstellar). Il n’empêche que c’est fort bien réalisé, les images dans l’espace sont belles, le scénario est plutôt bien écrit, le ton mélancolique du film convainc, et le dénouement touchant noue la gerbe entre les récits en parallèle. 

Encore une fois, Minuit dans l'univers n’est pas un chef d'œuvre. Mais on passe vraiment un très agréable moment à le regarder ! Un bon film SF classique, c'est déjà pas si mal !

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Minuit dans l'univers, un film de George Clooney, disponible sur Netflix


Soul : un bon Pixar... surtout visuellement


Joe Gardner est prof de musique dans un collège. Sa vie, c’est le jazz ! Et il va enfin avoir l’occasion de réaliser son rêve : jouer dans un des meilleurs clubs de New-York. Mais tout à sa joie, il tombe malencontreusement dans une bouche d’égout et meurt. Alors que son âme se trouve en chemin vers l’Au-delà et qu’il essaye de revenir sur Terre, il se retrouve par erreur dans le “Grand Avant", l’endroit où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité avant d’être envoyées sur Terre. L’âme de Joe est prise alors par erreur pour une autre et est assignée comme mentor pour l’âme numéro 22, qui résistent depuis des siècles à ses mentors successifs, n’ayant absolument aucune envie d’être envoyée sur Terre. Joe y voit finalement une occasion de pouvoir, lui, retourner sur Terre et va mettre tous ses efforts à montrer à 22 combien l’existence humaine est formidable… 

Soul est le dernier né des studios Pixar, sorti finalement seulement en streaming sur la plateforme Disney+. Il est écrit et réalisé par Pete Docter, à qui on doit déjà Monstres & Cie, Là-Haut et le génial Vice Versa. Au niveau de l’animation, et ce n’est pas une surprise, c’est en tout point remarquable, notamment dans la représentation du “Grand Avant”, d’une grande inventivité visuelle. Il y a de vraies trouvailles dans le film (les âmes en peine, les Michel…) mais globalement le film m’a quand même laissé un sentiment mitigé. Ce grand fourre-tout métaphysico-spirituel manque d’équilibre, la deuxième partie, sur Terre, s’essouffle un peu, la conclusion est “gentille” et un peu décevante… Même si ça reste un Pixar de qualité, on est quand même assez loin de la finesse, de l’équilibre et de l’émotion de Vice Versa

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Soul, un film de Pete Docter et Kemp Powers, disponible sur Disney+


lundi 7 décembre 2020

Mank : hommage brillantissime au cinéma et critique acerbe de son industrie


Mank, c’est le surnom de Herman J. Mankiewicz, scénariste de l’âge d’or de Hollywood. Un personnage brillant et acerbe, mais alcoolique invétéré. Alité suite à un accident de voiture, il n’a que deux mois pour boucler le script de Citizen Kane, le fameux chef d’oeuvre mythique de l’histoire du cinéma, premier film du tout jeune Orson Welles. Mais c’est un projet qui provoque de grands remous dans l’industrie du cinéma de l’époque puisque derrière le personnage de Charles Foster Kane, héros du film de Welles, se dessine, à peine cachée, la figure de William Randolph Hearst, magnat de la presse tout-puissant. 

Une polémique demeure sur la véritable paternité du scénario de Citizen Kane : Mankiewicz et Welles recevront tous les deux, en leur absence, l’Oscar du meilleur scénario pour le film… mais ils resteront brouillés suite à cela. Cette polémique offre la toile de fond de Mank mais, comme son nom l’indique, le film est avant-tout le portrait du scénariste, sous la forme d’un film-miroir de Citizen Kane

Le film est à la fois un extraordinaire hommage au cinéma et une critique de son industrie. C’est aussi un hommage spécifiquement au travail de scénariste. De la part de David Fincher, qui n’a jamais signé le scénario de ses films, ça a du sens ! D’autant que Mank repose sur un scénario de Jack Fincher, le père de David Fincher. C’est un projet qu’il a tenté en vain de réaliser depuis les années 90 : aucun studio ne voulait monter un tel film en noir et blanc. Et c’est Netflix qui a permis à Fincher d’aboutir dans son projet, lui laissant carte blanche. 

L’hommage au cinéma est brillantissime. On retrouve la virtuosité de Fincher, dans la variété et l’inventivité des plans, les mouvements de caméra, la direction d’acteurs (formidable Gary Oldman au naturel : pas de postiche ni de maquillage, juste l’acteur), le tout sublimé par un travail extraordinaire sur la lumière, le montage et le son qui recréent une atmosphère parfaite des années 30-40. Le film recèle des scènes absolument mémorables, à commencer par l’extraordinaire soirée électorale, ou l’anniversaire de Mayer, le dîner en fin de film… Magistral. 

Mais à l’hommage formel est associé un regard critique sur l'industrie hollywoodienne, par un portrait acerbe, en coulisses, d’une usine à rêves où règnent le fric, les luttes d’ego et les jeux de pouvoir, souvent en collusion avec la politique. En réalité, un monde qui entre de manière étonnante en résonance avec celui d’aujourd’hui !

Mank est un film ambitieux, qui n’est pas forcément évident d’accès au premier abord, par ses multiples références à Citizen Kane (c’est aussi un film pour cinéphiles !), ses dialogues abondants, son montage relativement complexe entre deux temporalités. Pourtant, quel film ! Dépassant la question de l’écriture du scénario de Citizen Kane, Mank propose une réflexion sur le cinéma, le processus créatif, le rapport entre l’art et l’industrie de l’art, mais aussi, de façon plus intime, sur la solitude, la quête de reconnaissance, les chemins de rédemption… 

Ca valait le coup d'attendre 6 ans pour voir un nouveau film de Fincher : Mank est un de ses meilleurs, et sans aucun doute le plus personnel. Merci à Netflix de l'avoir produit (même si on espère qu'on pourra voir le prochain au cinéma...) !

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Mank, un film de David Fincher, disponible sur Netflix.



lundi 9 novembre 2020

Sur le chemin de la rédemption : Dieu nous pardonnera-t-il ?

Ernst Toller est un ancien aumônier militaire. Sa vie a été bouleversée par la mort de son fils, en Irak. A la suite de ce drame, son couple a volé en éclat. Il est désormais pasteur dans une petite église ancienne que les gens viennent visiter en touriste. Seul, il est un homme en plein doute, cabossé par la vie. Un jour, Mary, une de ses rares paroissiennes, lui demande de parler avec son mari, un activiste écologiste, pour lequel elle s’inquiète. Ce que le pasteur découvrira va le placer face à un dilemme lorsqu’il comprendra que l’église qui l’emploie est en bonne partie financée par une entreprise peu scrupuleuse en matière environnementale et qui s’achète une virginité par sa générosité… 

Sur le chemin de la rédemption (First Reformed en vo) est un film angoissé et sombre, assez perturbant mais fascinant. Un film qui pose des questions sans forcément apporter de réponse. Et qui du coup nous fait réfléchir, durablement, après son visionnage. Le film, sorti en 2017, n’est pourtant jamais sorti dans les salles en France... ll est depuis peu disponible sur Netflix. Il ne faut pas le manquer !

Réalisé par Paul Schrader (qui a été scénariste pour Scorsese, notamment pour Taxi Driver et Raging Bull, excusez du peu !), le film s’ouvre sur un lent travelling en direction d’une église en bois qui, à force de s’en rapprocher devient imposante, trop imposante, presque inquiétante. Il se termine sur une scène filmée avec une caméra sans cesse en mouvement, tournant et tournant autour des personnages… et brusquement interrompue. Une fin qui interroge : l’espoir est-il encore possible ? Peut-être… mais le film ne l’affirme pas. C’est au spectateur d’en décider, sans doute.

Le reste du film est essentiellement une succession de plans fixes, dans un format d’image presque carré, étriqué, filmés dans une lumière souvent assez blafarde avec pour seule “musique” une sorte de bourdonnement sourd, angoissant. Tout cela est le reflet de l’âme de ce pasteur en proie aux doutes et au désespoir, dans un monde présenté comme allant à sa perte, si on ne fait rien, à moins qu’il ne soit déjà trop tard. 

Tout cela n’est, certes, pas très gai… Par les dialogues et par la voix off du pasteur, notamment lorsqu’il écrit son journal intime, le film interroge. A-t-on le droit de faire des enfants quand on considère le monde qu’on leur laisse ? Dieu nous pardonnera-t-il ce que nous avons fait à sa création ? Il y a, pourtant, quelques lueurs d’espoir possibles. A travers le personnage de Mary. A travers la foi du pasteur, qui demeure, même tourmentée, malgré les doutes et les interrogations. A travers certaines phrases toujours en voix off, comme par exemple : “chaque acte de préservation est un acte de création.” 

Le film nous embarque ainsi dans les turpitudes de ce pasteur en proie aux doutes, remarquablement interprété par Ethan Hawke dont c’est un des meilleurs, si ce n’est le meilleur rôle. Sa portée théologique et métaphysique, et sa portée politique, sont indéniables. Un film remarquable !

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Sur le chamin de la rédemption (First Reformed), un film de Paul Schrader, disponible sur Netflix




lundi 2 novembre 2020

Les Sept de Chicago : un uppercut politique à couper le souffle


En 1968, en pleine guerre du Vietnam et quelques semaines après l’assassinat de Martin Luther King, la convention nationale démocrate se déroule à Chicago. Elle doit désigner le candidat du parti à l’élection américaine. De nombreuses manifestations sont organisées à cette occasion, notamment pour protester contre la guerre du Vietnam. Mais la répression policière est musclée, poussée par le maire RIchard Daley, et des violences éclatent, filmées et diffusées à la télévision. Sept organisateurs des manifestations sont inculpés, surnommés les « Chicago Seven » (Abbie Hoffman, Jerry Rubin, David Dellinger, Tom Hayden, Rennie Davis, John Froines et Lee Weiner). Ils sont poursuivis pour conspiration. Un huitième homme est associé au procès, Bobby Seale (co-fondateur des Black Panthers Party).

La scène d’ouverture du film mélange des images d’archives avec des reconstitutions. En quelques minutes à peine, on a tout compris des enjeux et on a caractérisé les personnages principaux de l’intrigue. Absolument remarquable. Tout le film, ensuite, est centré sur le procès fleuve, qu’on découvre avec sidération. Grâce à un montage parfaitement maîtrisé, des flashbacks permettent de revivre plusieurs aspects des manifestations et des émeutes. On multiplie les points de vue. On ne cache pas les tensions et les dissensions internes au groupe disparate des Sept. Mais on ne cache pas non plus l’aberration d’un procès partisan et les manoeuvres politiques. C’est haletant, jusqu’à un dénouement d’une grande force émotionnelle. Tout simplement passionnant. 

Les Sept de Chicago est un film éminemment politique, qui résonne d’une manière particulière dans le contexte de l’Amérique d’aujourd’hui. Car en plus du fonctionnement de la justice et des manoeuvres politiques, le film évoque les violences policières et le racisme sous-jacent. Aaron Sorkin (scénariste oscarisé pour The Social Network de David Fincher) est ici à la réalisation et au scénario et c’est un coup de maître. Un film coup de poing, indispensable. 

Précisons encore que le film bénéficie d’un casting incroyable, emmené notamment par Sacha Baron Cohen et Eddie Redmayne, mais aussi Joseph Gordon-Levitt, Mark Rylance, ou Frank Langella dans le rôle du juge Hoffman. Sans oublier une excellente bande originale composée par Daniel Pemberton. 

A voir absolument ! 

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Les Sept de Chicago (Trial of the Chicago Seven), un film d'Aaron Sorkin, disponible sur Netflix