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lundi 14 mai 2018

Everybody Knows : le poids du secret et du passé

A l'occasion du mariage de sa soeur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal, en Espagne. Au cours de la nuit du mariage, un drame se produit, qui va faire resurgir un secret longtemps enfoui.

Everybody Knows est un thriller psychologique dans lequel Asghar Farhadi explore à nouveau, avec virtuosité, le poids du secret et du passé, des thématiques qui sont très souvent présentes dans ses films.

Certes, on devine assez vite le secret au coeur de l'intrigue, mais pas forcément toutes ses implications. D'autant qu'il y a d'autres secrets ou des non-dits qui lui sont plus ou moins liés. Tout l'intérêt du film est dans la dimension psychologique, les réactions et les motivations des différents protagonistes. Et dans ce domaine, le réalisateur excelle, bien servi par un casting espagnol de haute volée, autour du couple Penélope Cruz et Javier Bardem, tout à fait remarquables. La réalisation est virtuose, que ce soit pour évoquer la fête au début du film ou le drame ensuite. Et puis il y a le dernier plan, absolument magnifique, tout en suggestion, mais lourd de sens quand au caractère inexorable du secret.

Le film est riche de plusieurs thématiques. Le secret, bien-sûr, qui ne peut jamais vraiment le rester... même s'il se dissimule dans le silence, parfois complice. Et puis il y a le temps qui passe (évoqué dès la scène d'ouverture) mais sans jamais vraiment effacer le passé, auquel on reste toujours lié. Le film parle aussi de rédemption, du poids de la culpabilité et de la façon de s'en extirper, il pose aussi la question de la paternité.

On dit que ce n'est pas le meilleur film d'Asghar Farhadi. C'est sans doute vrai. Mais c'est tout de même un excellent film, formidablement réalisé et interprété. Un film qui donne aussi à réfléchir tout en captivant de bout en bout.

lundi 12 février 2018

Jusqu'à la garde : extraordinaire thriller familial, haletant et perturbant

Le couple Besson divorce... et ça se passe de façon conflictuelle. Miriam demande la garde exclusive de leur fils, accusant son mari Antoine de violences. Ce dernier nie ces accusations et demande la garde partagée. C'est ce que la juge finit par accorder et Julien, leur fils, se retrouve pris en otage entre ses parents.

Jusqu'à la garde est un drame familial filmé comme un thriller. La scène d'ouverture est assez glaçante et on se met à la place de la juge : comment décider, en quelques minutes, dans une affaire de divorce, face à deux versions si différentes ? D'autant qu'en tant que spectateur, le doute subsiste au terme de cette première scène... Ensuite, la vérité apparaîtra assez rapidement, et la tension ne cessera de monter.

Formidablement réalisé par Xavier Legrand (dont c'est le premier film !), Jusqu'à la garde a obtenu deux prix au dernier festival de Venise (dont le Lion d'argent récompensant la meilleure réalisation) et c'est amplement mérité. On ne sort pas indemne de ce thriller familial. Et c'est dans les moments de silence, ou les scènes sans dialogues, que la tension est la plus forte. Comme avec ces gros-plans sur le visage de Léa Drucker dans la scène d'ouverture, ou ce plan séquence filmé au ras du sol dans les toilettes, ou encore celui au cours de la fête d'anniversaire, la musique couvrant les paroles... Et cette montée en tension trouve son paroxysme dans la longue et géniale scène finale, haletante et insoutenable (on pense immanquablement à Shining !).

Le film parle de violences conjugales, des manipulations dont sont capables les pervers narcissiques, de l'instrumentalisation des enfants dans les cas de divorces conflictuels... Des sujets graves, traités avec maestria et incarnés par des acteurs extraordinaires : Denis Ménochet est exceptionnel, Léa Drucker formidable et le jeune Thomas Gioria étonnant.

Un film salutaire qui nous met KO...

lundi 5 février 2018

L'insulte : un film fort, tendu, humaniste, universel.

A Beyrouth, suite à un différend à propos d'une gouttière, Yasser (un réfugié palestinien) s'énerve et insulte Toni (un chrétien libanais). La situation s'envenime et les deux hommes se retrouvent finalement devant les tribunaux. L'affrontement de leurs avocats et la médiatisation du procès va mettre le pays au bord de l'explosion.

L'insulte est une vraie claque. La façon dont est racontée cette histoire de banale insulte qui devient une affaire d'Etat, exacerbant les tensions sociales et politiques, et ravivant les blessures enfouies, est absolument magistrale. Car on perçoit bien vite qu'il y a bien plus qu'une histoire d'insulte derrière cette affaire. Il y a des blessures profondes pour ces deux individus, rapidement dépassés par la machine judiciaire qui s'emballe, la récupération politique, la vindicte populaire.

La force du film réside dans un propos qui évite tout manichéisme et s'efforce de présenter la réalité, intime et socio-politique, dans toute sa complexité, sans prendre parti pour l'un ou l'autre des camps. Profondément ancré dans la réalité libanaise, le film a pourtant bien un portée universelle, par son plaidoyer pour la réconciliation (entre les peuples et entre les individus). Et, sans le dévoiler, le dénouement est d'une force et d'une humanité incroyables, et se veut porteur d'espoir.

Les acteurs sont tous excellents, en particulier ceux qui incarnent les deux principaux personnages : Adel Karam et Kamel El Basha (prix d'interprétation à la Mostra de Venise pour ce rôle). Un film fort, tendu, humaniste, universel.

lundi 29 janvier 2018

La douleur : portrait expressionniste d'une femme... un peu longuet et bavard

Adaptation du roman autobiographique éponyme de Marguerite Duras, la douleur évoque l'attente douloureuse de Marguerite, alors que son mari Robert Antelme, figure de la Résistance, est arrêté et déporté en Allemagne pendant la deuxième guerre mondiale. Marguerite est tiraillée, avec l'angoisse quant au retour éventuel de son mari, tout en entretenant une liaison avec son camarade de Résistance, Dyonis, et avec sa rencontre de Rabier, agent de la Gestapo qui est responsable de l'arrestation de son mari.

La douleur propose un étonnant portrait de femme, expressionniste, original dans sa forme (un travail sur la profondeur de champ, des images floues, un dédoublement de l'héroïne sur l'écran), avec une voix off très présente. C'est assez fascinant. Au moins au début... Ensuite, j'ai trouvé que le procédé était un peu répétitif et la langueur du personnage principal se transformait un peu en longueur pour le spectateur.

Entourée de deux acteurs sous Prozac (Benjamin Biolay et surtout Benoît Magimel), Mélanie Thierry, dans le rôle de Marguerite, est par contre absolument remarquable.