Parce que Hollywood ne veut pas de lui, Tommy Wiseau décide de faire tout seul son film, dans lequel il s'attribue le rôle principal. Il achète tout le matériel nécessaire, engage une équipe complète et tourne The Room, qui est peut-être le plus grand nanar de tous les temps, aujourd'hui devenu un film culte. Le film raconte cette histoire vraie.
The Disaster Artist est, d'abord, une comédie hilarante, autour de ce personnage surréaliste, à l'accent étrange, au look discutable, dont on ne connaît ni l'origine, ni l'âge, ni la provenance de la fortune. La prestation de James Franco, qui l'incarne, est hallucinante : sa transformation est parfaite ! Il parvient même à rendre touchant ce personnage qui, sous certains aspects, n'est pas forcément sympathique. C'est le portrait d'un homme borderline qui, finalement, ne cherche qu'à être aimé...
Les scènes de tournage du film sont des moments de bonheur comique, avec un réalisateur mégalo et incompétent, qui est aussi un acteur nul (il en fait des tonnes et ne connaît pas son texte, qu'il a pourtant écrit lui-même !), le tout sous le regard médusé de tout le casting et l'équipe technique qui se demandent ce qu'ils font dans cette galère ! En réalité, James Franco reconstitue plusieurs scènes de The Room à l'identique. On s'en rend compte à la fin du film, lorsqu'on voit sur l'écran, en parallèle, ces scènes : d'un côté le film original et de l'autre les scènes reconstituées avec les acteurs du film de James Franco. C'est bluffant !
Mais le film est aussi une déclaration d'amour au cinéma, malgré le côté cruel de la machine à rêve de Hollywood, tout en gardant un regard bienveillant sur les losers. Le film peut même être vu comme une réflexion sur l'art, et le rôle du spectateur dans l'oeuvre d'art (la scène de la première du film).
Comédie surréaliste mais vraie, The Disaster Artist frôle le chef d'oeuvre ! Courez vite le voir !
PS : Un petit conseil d'ami : restez jusqu'à la fin du générique, ne ratez pas la scène bonus où le vrai Tommy Wiseau donne la réplique à James Franco !
Mes critiques n'engagent que moi, elles sont forcément un peu subjectives... le cinéma, c'est d'abord de l'émotion !
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jeudi 8 mars 2018
lundi 29 janvier 2018
Pentagon Papers : un chef d'oeuvre politique et féministe
Katharine Graham est la première femme directrice de la publication d'un grand quotidien américain, le Washington Post. Elle s'est retrouvée un peu par hasard à cette place, à la suite du suicide de son mari à qui le père de Katharine avait confié la direction du journal. Poussée par son rédacteur en chef, Ben Bradlee, elle va accepter que le journal publie les révélations de documents top secrets révélant les manoeuvres de quatre présidents américains successifs pour étouffer des affaires sensibles, en particulier les mensonges d'Etat sur la guerre du Vietnam.
Pentagon Papers est un vibrant plaidoyer pour la liberté de la presse, filmé comme un véritable thriller. On ne décroche pas une seconde ! La caméra de Spielberg nous fait pénétrer dans les coulisses du journal, les salles de rédaction, les bureaux du conseil d'administration, l'imprimerie... et le quotidien de ces journalistes d'investigation qui le restent 24 heures sur 24. Ainsi, par exemple, lorsqu'on est au domicile de Ben, entouré de ses plus proches collaborateurs, en train d'éplucher en quelques heures les documents récupérés. Ou avec cette étonnante conférence téléphonique improvisée au beau milieu d'une réception chez Katharine lorsque la décision de publier ou non doit être prise.
Avec la liberté de la presse, le film aborde la question de la collusion possible des journalistes avec le pouvoir, ou la volonté de ce pouvoir de museler la presse quand elle le dérange, prêt à protéger des mensonges d'état pour ne pas perdre la face. Des thématiques qui restent bien d'actualité et offrent des échos étonnants avec l'Amérique de Trump...
Mais Pentagon Papers est aussi un film féministe, en évoquant le destin de Katharine Graham, qui s'est retrouvée malgré elle au pouvoir du Washington Post et à devoir gérer l'héritage familial face à tous les hommes du conseil d'administration, qui la regardent avec condescendance. Il y a, à cet égard, quelques scènes marquantes comme lorsque Katharine arrive devant des portes closes et traverse tout un groupe de secrétaires (des femmes évidemment), avant de passer les portes et entrer dans une salle où ne se trouvent que des hommes. Ou à la sortie de la cours suprême, délaissée par les journalistes qui interrogent plutôt le directeur (masculin) du New York Times, et qui descend les marches seule, au milieu de jeunes femmes venues manifester et qui la regardent avec admiration.
Le casting est exceptionnel, avec de nombreux seconds rôles de qualité (dont les excellents Bob Odenkirk - de Breaking Bad et Better call Saul - Carrie Coon, Michal Stuhlbarg...), et surtout le duo formé par Meryl Streep et Tom Hanks, tous deux magistraux !
Spielberg ne rate jamais ses films... mais Pentagon Papers est un grand Spielberg !
Pentagon Papers est un vibrant plaidoyer pour la liberté de la presse, filmé comme un véritable thriller. On ne décroche pas une seconde ! La caméra de Spielberg nous fait pénétrer dans les coulisses du journal, les salles de rédaction, les bureaux du conseil d'administration, l'imprimerie... et le quotidien de ces journalistes d'investigation qui le restent 24 heures sur 24. Ainsi, par exemple, lorsqu'on est au domicile de Ben, entouré de ses plus proches collaborateurs, en train d'éplucher en quelques heures les documents récupérés. Ou avec cette étonnante conférence téléphonique improvisée au beau milieu d'une réception chez Katharine lorsque la décision de publier ou non doit être prise.
Avec la liberté de la presse, le film aborde la question de la collusion possible des journalistes avec le pouvoir, ou la volonté de ce pouvoir de museler la presse quand elle le dérange, prêt à protéger des mensonges d'état pour ne pas perdre la face. Des thématiques qui restent bien d'actualité et offrent des échos étonnants avec l'Amérique de Trump...
Mais Pentagon Papers est aussi un film féministe, en évoquant le destin de Katharine Graham, qui s'est retrouvée malgré elle au pouvoir du Washington Post et à devoir gérer l'héritage familial face à tous les hommes du conseil d'administration, qui la regardent avec condescendance. Il y a, à cet égard, quelques scènes marquantes comme lorsque Katharine arrive devant des portes closes et traverse tout un groupe de secrétaires (des femmes évidemment), avant de passer les portes et entrer dans une salle où ne se trouvent que des hommes. Ou à la sortie de la cours suprême, délaissée par les journalistes qui interrogent plutôt le directeur (masculin) du New York Times, et qui descend les marches seule, au milieu de jeunes femmes venues manifester et qui la regardent avec admiration.
Le casting est exceptionnel, avec de nombreux seconds rôles de qualité (dont les excellents Bob Odenkirk - de Breaking Bad et Better call Saul - Carrie Coon, Michal Stuhlbarg...), et surtout le duo formé par Meryl Streep et Tom Hanks, tous deux magistraux !
Spielberg ne rate jamais ses films... mais Pentagon Papers est un grand Spielberg !
La douleur : portrait expressionniste d'une femme... un peu longuet et bavard
Adaptation du roman autobiographique éponyme de Marguerite Duras, la douleur évoque l'attente douloureuse de Marguerite, alors que son mari Robert Antelme, figure de la Résistance, est arrêté et déporté en Allemagne pendant la deuxième guerre mondiale. Marguerite est tiraillée, avec l'angoisse quant au retour éventuel de son mari, tout en entretenant une liaison avec son camarade de Résistance, Dyonis, et avec sa rencontre de Rabier, agent de la Gestapo qui est responsable de l'arrestation de son mari.
La douleur propose un étonnant portrait de femme, expressionniste, original dans sa forme (un travail sur la profondeur de champ, des images floues, un dédoublement de l'héroïne sur l'écran), avec une voix off très présente. C'est assez fascinant. Au moins au début... Ensuite, j'ai trouvé que le procédé était un peu répétitif et la langueur du personnage principal se transformait un peu en longueur pour le spectateur.
Entourée de deux acteurs sous Prozac (Benjamin Biolay et surtout Benoît Magimel), Mélanie Thierry, dans le rôle de Marguerite, est par contre absolument remarquable.
La douleur propose un étonnant portrait de femme, expressionniste, original dans sa forme (un travail sur la profondeur de champ, des images floues, un dédoublement de l'héroïne sur l'écran), avec une voix off très présente. C'est assez fascinant. Au moins au début... Ensuite, j'ai trouvé que le procédé était un peu répétitif et la langueur du personnage principal se transformait un peu en longueur pour le spectateur.
Entourée de deux acteurs sous Prozac (Benjamin Biolay et surtout Benoît Magimel), Mélanie Thierry, dans le rôle de Marguerite, est par contre absolument remarquable.
mardi 23 janvier 2018
Last Flag Flying : un road movie nostalgique et drôle
En 2003, Larry, vétéran du Vietnam, retrouve deux compagnons d'arme. Sal est devenu gérant d'un bar et Richard est désormais pasteur. Ils ne s'étaient pas revus depuis 30 ans. Larry est venu leur demander de l'accompagner aux funérailles de son fils, mort en Irak, et dont le corps est en train d'être rapatrié aux Etats-Unis.
Last Flag Flying est un road movie (et même un rail movie puisqu'une partie se déroule dans un train !) nostalgique et drôle, porté par un exceptionnel trio d'acteurs. Steve Carell dans le rôle de Larry, tout en retenue, démontre qu'il est aussi un grand acteur dramatique. Bryan Cranston, en roue libre, est jubilatoire dans le rôle de Sal. Et Laurence Fishburn, en Richard, est plus vrai que nature en pasteur baptiste repenti de sa vie dissolue dans sa jeunesse. Ce deux derniers jouent un peu le rôle du "bon ange" et du "mauvaise ange" qui chuchotent à l'oreille de Larry, un peu déboussolé, ce qu'il doit faire ou ne pas faire. Car tout ne se passera pas comme prévu dans leur périple...
Last Flag Flying est un film sur l'amitié à l'épreuve du temps et de la vie. C'est aussi un film sur le deuil, les fantômes du passé et leur poids de culpabilité, les traumatismes de la guerre. En plaçant l'histoire en 2003, le film permet un parallèle édifiant entre la guerre du Vietnam et celle du golfe, interrogeant leur légitimité et questionnant le statut de héros de guerre. C'est aussi un film qui parle de la foi : forcément, avec le personnage de l'ancien Marine devenu pasteur. Les discussions animées entre Sal et Richard sont savoureuses, et intéressantes d'un point de vue spirituel. Et la fin du film est incroyablement touchante.
Voilà vraiment un bon film, qui fait du bien !
Last Flag Flying est un road movie (et même un rail movie puisqu'une partie se déroule dans un train !) nostalgique et drôle, porté par un exceptionnel trio d'acteurs. Steve Carell dans le rôle de Larry, tout en retenue, démontre qu'il est aussi un grand acteur dramatique. Bryan Cranston, en roue libre, est jubilatoire dans le rôle de Sal. Et Laurence Fishburn, en Richard, est plus vrai que nature en pasteur baptiste repenti de sa vie dissolue dans sa jeunesse. Ce deux derniers jouent un peu le rôle du "bon ange" et du "mauvaise ange" qui chuchotent à l'oreille de Larry, un peu déboussolé, ce qu'il doit faire ou ne pas faire. Car tout ne se passera pas comme prévu dans leur périple...
Last Flag Flying est un film sur l'amitié à l'épreuve du temps et de la vie. C'est aussi un film sur le deuil, les fantômes du passé et leur poids de culpabilité, les traumatismes de la guerre. En plaçant l'histoire en 2003, le film permet un parallèle édifiant entre la guerre du Vietnam et celle du golfe, interrogeant leur légitimité et questionnant le statut de héros de guerre. C'est aussi un film qui parle de la foi : forcément, avec le personnage de l'ancien Marine devenu pasteur. Les discussions animées entre Sal et Richard sont savoureuses, et intéressantes d'un point de vue spirituel. Et la fin du film est incroyablement touchante.
Voilà vraiment un bon film, qui fait du bien !
lundi 22 janvier 2018
3 Billboards : un drame fort, un chef d'oeuvre qui interpelle
Dans une petite ville du Missouri, Mildred Hayes n'en peut plus : sa fille a été violée et assassinée, et l'enquête piétine depuis des mois. Elle décide alors de prendre les choses en main et loue trois panneaux d'affichage à l'entrée de la ville où elle fait inscrire un message à destination du chef de la police locale, l'interpellant sur le fait que l'enquête n'avance pas. Cela crée évidemment des remous dans cette petite ville de l'Amérique profonde...
3 Billboards est d'abord un film sur la colère. Celle d'une mère dont la fille a été assassinée et qui constate que l'enquête n'avance pas. Mais aussi celle, intérieure, d'un père de famille atteint d'un cancer et qui voit sa fin arriver. Ou celle d'un raté, qui vit toujours chez sa mère, et qui exprime sa colère refoulée dans la violence... alors qu'il est flic.
Les personnages de l'histoire sont complexes : il n'y en a pas un dont notre perception ne change au cours du film ! Et ce refus du manichéisme est une des grandes forces du film : il n'y a pas les bons d'un côté et les méchants de l'autre. Il y a des hommes et des femmes qui doivent se battre avec leurs démons, vivre avec leurs fêlures, des êtres en quête de rédemption.
Le film est riche aussi de ses thèmes connexes : la justice, l'intégrité, la vengeance, le pardon, le deuil, la violence, la famille... C'est vraiment passionnant.
3 Billboards est un drame poignant, dont plusieurs scènes vous tirent les larmes, d'autres vous scotchent au fauteuil. Mais il y a aussi beaucoup d'humour dans le film, grâce à des personnages au caractère bien trempé (à commencer par le personnage central), des dialogues fleuris et des situations cocasses. Le scénario réserve bien des rebondissements, jusqu'à une fin assez étonnante mais porteuse d'espoir.
Et quel casting ! Frances McDormand, géniale, est dans son plus grand rôle depuis Fargo. Woody Harrelson, toujours excellent, est très touchant. Et Sam Rockwell est tout simplement extraordinaire dans le rôle du flic violent et paumé.
Bref, 3 Billboards est un grand film, un drame fort qui interpelle. Un chef d'oeuvre !
3 Billboards est d'abord un film sur la colère. Celle d'une mère dont la fille a été assassinée et qui constate que l'enquête n'avance pas. Mais aussi celle, intérieure, d'un père de famille atteint d'un cancer et qui voit sa fin arriver. Ou celle d'un raté, qui vit toujours chez sa mère, et qui exprime sa colère refoulée dans la violence... alors qu'il est flic.
Les personnages de l'histoire sont complexes : il n'y en a pas un dont notre perception ne change au cours du film ! Et ce refus du manichéisme est une des grandes forces du film : il n'y a pas les bons d'un côté et les méchants de l'autre. Il y a des hommes et des femmes qui doivent se battre avec leurs démons, vivre avec leurs fêlures, des êtres en quête de rédemption.
Le film est riche aussi de ses thèmes connexes : la justice, l'intégrité, la vengeance, le pardon, le deuil, la violence, la famille... C'est vraiment passionnant.
3 Billboards est un drame poignant, dont plusieurs scènes vous tirent les larmes, d'autres vous scotchent au fauteuil. Mais il y a aussi beaucoup d'humour dans le film, grâce à des personnages au caractère bien trempé (à commencer par le personnage central), des dialogues fleuris et des situations cocasses. Le scénario réserve bien des rebondissements, jusqu'à une fin assez étonnante mais porteuse d'espoir.
Et quel casting ! Frances McDormand, géniale, est dans son plus grand rôle depuis Fargo. Woody Harrelson, toujours excellent, est très touchant. Et Sam Rockwell est tout simplement extraordinaire dans le rôle du flic violent et paumé.
Bref, 3 Billboards est un grand film, un drame fort qui interpelle. Un chef d'oeuvre !
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