lundi 17 février 2020

Queen & Slim : Trop démonstratif et trop maniéré pour convaincre.

En Ohio, un couple de deux jeunes afro-américains, qui viennent juste de se rencontrer, sont arrêtés le soir pour une infraction mineure du code de la route. La situation dégénère à cause du policier visiblement raciste, et le jeune homme finit par tuer, en position de légitime défense, le policier. Ils décident alors de fuire et commencent une cavale vers le Sud.

On peut dire que le film démarre plutôt bien. L'altercation avec le policier est filmée avec beaucoup de tension et le drame surgit avec force. Le problème, c’est que ça se gâte rapidement par la suite… Le film ne trouve son rythme et perd sensiblement d’intérêt. Il y a dans le scénario une intention politique évidente, sans doute trop évidente… et le film est bien trop démonstratif, le message est appuyé, très appuyé (la façon dont ce couple en cavale devient un symbole, presque un mythe, sonne faux). Quant à la réalisation, je l’ai trouvée souvent maniérée (comme par exemple avec cette manie désagréable de multiplier les dialogues hors champ, ou l'abus de ralentis...). Le tout culmine dans un épilogue surligné, presque ridicule, et qui n'en finit pas.

Dommage. Malgré une bonne idée de départ, le film ne m’a pas convaincu…

Un divan à Tunis : sur le ton de la comédie, un joli portrait de la Tunisie d'aujourd'hui

Selma, française d’origine tunisienne, décide de retourner dans son pays de naissance pour y ouvrir un cabinet de psychanalyste. Alors que son initiative semble incongrue à ses proches, de nombreuses personnes viennent finalement consulter, non sans certaines incompréhensions parfois... Mais alors que Selma commence à trouver ses marques, elle se rend compte qu’il lui manque une autorisation indispensable pour continuer d’exercer. 

Sur le ton de la comédie, Un divan à Tunis propose un portrait de la Tunisie d’aujourd’hui, après le printemps arabe, un pays en reconstruction, avec ses contradictions, ses fantômes du passé, ses espoirs et ses rêves. Le film propose toute une galerie de personnages hauts en couleur, croqués avec humour et tendresse, autour de la lumineuse Golshifteh Faharani.

Un joli film, plein de fraîcheur.

La fille au bracelet : le procès d'une adolescente, vu par ses parents. Passionnant.

Lise a 18 ans. Elle vit avec ses parents et son petit frère dans un quartier résidentiel sans histoire. Mais depuis près de deux ans, Lise porte un bracelet car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie.

La fille au bracelet est d’abord un excellent film de procès, mis en scène avec beaucoup de précision et de réalisme, mais aussi de sensibilité dans les scènes intimes, par Stéphane Demoustier. Car on alterne les scènes au tribunal avec les scènes dans l’intimité de la famille. On adopte le point de vue des parents, surtout du père, qui, tout en soutenant leur fille, peuvent aussi être saisis par le doute... Le spectateur, dans l'indécision jusqu'au bout, est sous tension en attendant le verdict (que je ne révélerai pas ici évidemment…)  Et comme il se fonde sur l’intime conviction, une part de doute subsiste à la fin…

Mais c’est aussi un film qui parle de façon remarquable de l’adolescence et de la difficulté pour les parents à comprendre leurs propres enfants. C’est d’ailleurs ce que dit l’avocate de la défense, dans sa plaidoirie : qui peut vraiment comprendre une adolescente de 16 ans ?

Le tout est filmé avec beaucoup de précision et de finesse, sans excès de pathos. Le jeu des acteurs est d'une grande sobriété. Pour autant, le dernier plan est saisissant et assez bouleversant. A noter enfin la révélation de la jeune Melissa Guers, absolument formidable de justesse dans le rôle de Lise.

mardi 11 février 2020

Uncut Gems : un thriller violent et volubile, une leçon de cinéma

Howard Ratner est bijoutier à New-York, endetté et est poursuivi par ses créanciers. Aux abois, il est prêt à tout risquer pour rester à flot, simplement survivre.

Les frère Safdie ont encore frappé ! Dans ce thriller noir, violent, bruyant, volubile, urbain, nocturne, ils donnent une leçon de cinéma. La caméra est virtuose, toujours en mouvement. Les dialogues sont percutants. Le scénario vous prend et ne vous lâche pas, dans un rythme un peu fou, jusqu’au dénouement… qui m’a scotché et m’a laissé KO ! A noter aussi l’excellente bande originale électro et grisante composée par Daniel Lopatin (comme déjà pour Good Time, le précédent film des frères Safdie). Ce film est une vraie claque !

Et au coeur du film, une performance d’acteur incroyable d’Adam Sandler. On ne l’a jamais vu aussi habité, incarnant à la perfection un personnage complexe, à la fois pathétique, risible agaçant, et sympathique, touchant.

Uncut Gems, c’est l’évocation de l’attrait du fric, de ses magouilles et ses embrouilles, de la spirale infernale de l’endettement et de l’addiction fébrile du jeu. Le film nous embarque, à la fois grisant et anxiogène, jusqu’au paroxysme génial de son dénouement.

lundi 10 février 2020

The Gentlemen : un film de gangster truculent

Mickey Pearson, américain, est devenu l’un des barons de la drogue à Londres, grâce à son business autour de la marijuana. Quand il laisse entendre qu’il pense se retirer et qu’il cherche à vendre son affaire, la ville va entrer en ébullition. Complots, chantage, trahison… on ne sait plus qui sont ses alliés ou ses ennemis.

The Gentlemen est un film de gangster truculent, aux dialogues acérés et fleuris, avec son lot de bastons et d’hémoglobine. Action et humour sont au rendez-vous, avec un scénario à tiroirs qui ne manque pas de rebondissements. Le film n’a pas d’autre ambition que de divertir en proposant un véritable jeu de massacre tout à fait réjouissant… et c’est vraiment réussi !

Les acteurs réunis à l’écran s’amusent beaucoup, et nous avec eux ! Et quel casting ! Une mention spéciale pour Hugh Grant et Colin Farrel, tous deux géniaux. Bref, c’est vraiment fun !

La dernière vie de Simon : un joli conte fantastique

Simon a 8 ans. Orphelin, il vit dans un foyer, et il rêve d’une famille prête à l’accueillir. Un jour il rencontre Thomas et sa soeur Madeleine qui deviennent ses amis et l’invitent à passer le week-end dans leur famille. Les trois amis décident de faire un pacte de sang pour devenir frères et soeur pour la vie. Simon leur révèle alors son secret : il est capable de prendre l’apparence de n’importe quelle personne qu’il a déjà touché.

Dans un genre encore peu prisé dans le cinéma français, La dernière vie de Simon est un joli conte fantastique, teinté de mélo, qui lorgne du côté de Spielberg et Zemeckis. Et c’est franchement plutôt réussi. Cette histoire originale parle de filialité et d’identité, de vérité et de mensonge, de passage à l’âge adulte... Même si la fin est plutôt prévisible, mais émouvante, l'histoire est joliment racontée.

Une première réalisation prometteuse signée Léo Karmann.

#jesuislà : sympathique et attendrissant

Stéphane est chef d’un restaurant dans le Pays Basque et mène une vie tranquille voire monotone. Mais il rencontre virtuellement, sur les réseaux sociaux, une jeune femme sud-coréenne, Soo, avec qui il échange au quotidien. Un jour, sur un coup de tête, il décide de s’envoler pour Séoul. Mais contrairement à ce qu’elle lui a dit, Soo ne vient pas le chercher à l’aéroport. Stéphane va alors l’attendre dans l’aéroport de Séoul, et publier ce qu’il découvre sur les réseaux sociaux. Petit à petit il commence à faire le buzz.

Le film est un peu une fausse comédie romantique. Ce n’est pas une franche comédie même si on sourit souvent. Ce n’est pas non plus vraiment une histoire d’amour. C’est plutôt une fable moderne, qui parle de solitude, de crise de la cinquantaine, des mirages des réseaux sociaux… Et ça donne un film sympathique et attendrissant... peut-être un peu trop tendre quand même (le film ne manque pas de clichés et de bons sentiments).

Mais il y a Alain Chabat, excellent dans un rôle écrit pour lui. On ne peut que sentir de l’empathie pour un personnage qu’il rend éminemment sympathique.