lundi 14 septembre 2020

Ema : un film clinquant et bruyant, dont je n'ai pas compris l'intention

 

Ema est une jeune danseuse mariée à un chorégraphe de renom. Ils avaient adopté un enfant mais ça s’est mal passé, et ils ont finalement “rendu” l’enfant. Mais Ema aimerait le récupérer, retrouver un lien avec et enfant qu’elle avait accueilli. 

Autant le dire tout de suite, je n’ai rien compris à l'intention du film, son message. Est-ce que ça se veut cynique ? libertaire ? féministe ? Ça m’échappe… et la fin abracadabrantesque parachève l’agacement et la déception. Il ne reste, pour moi, qu’un film clinquant et bruyant où alternent des scènes de danse, de sexe et de disputes, dans une narration un peu chaotique. 

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Ema, un film de Pablo Larrain


Dans un jardin qu'on dirait éternel : lent et contemplatif, un film paisible et apaisant

Noriko est une adolescente qui se cherche un peu, elle ne sait pas trop ce qu’elle veut faire de sa vie. Avec sa cousine Michiko elle accepte d’être initiée à la cérémonie du thé auprès de Madame Takeda. Elle y découvre un art ancestral, avec ses gestes précis, qui évoluent au rythme des saisons… et dont la portée va bien au-delà de la préparation du thé.

Noriko le dit, en voix off, dans le film : certaines choses sont faciles à comprendre et il n’y a pas besoin d’y consacrer beaucoup de temps ; pour d’autres, il faut plus de temps, et on les comprend petit à petit. L’art du thé fait partie de ces choses difficiles qui demandent du temps. On découvre ainsi avec fascination la précision et l’élégance des gestes du thé préparé avec minutie, selon des coutumes transmises de génération en génération. On suit l’apprentissage de Noriko qui va finir par assimiler, intérioriser chaque geste pour qu’ils deviennent naturels et instinctifs, avec le temps… Ce film lent et contemplatif est paisible et apaisant, plein de nostalgie, de poésie et de grâce. On comprend que l’art du thé est en réalité le reflet d’une philosophie de la vie, en harmonie avec les saisons, à l’écoute de la nature. Le film est un véritable éloge de la lenteur, qui fait un bien fou dans notre monde moderne stressé et inquiet. 

Le film parle aussi de transmission et d’apprentissage, à travers des relations très joliment évoquées (entre Noriko et Madame Takeda, mais aussi entre Noriko et son père). Le film le souligne, apprendre demande du temps, et enseigner, c’est aussi apprendre soi-même. 

Redisons-le, Dans un jardin qu'on dirait éternel est un film qui fait vraiment du bien. On ressort de la projection apaisé, par une histoire touchante dans sa simplicité et son authenticité, avec l’envie de prendre le temps, d’écouter la nature et le monde (et de goûter aux multiples gâteaux appétissants servis avec le thé pendant le film !). 


Antigone : une tragédie contemporaine et universelle

 

Antigone est arrivée comme réfugiée au Québec quand elle était enfant, avec ses frères et soeurs et leur grand-mère. Aujourd'hui, c‘est une adolescente brillante. Mais lorsque son frère est arrêté dans des circonstances dramatiques, et qu’il est menacé d’extradition, Antigone va prendre sa place en prison pour qu’il puisse s’évader. Obéissant à son coeur plutôt qu’à la loi des hommes, elle devient l’héroïne de toute une génération. 

Transcription moderne et libre du mythe d'Antigone, le film est une tragédie contemporaine et universelle. Si on retrouve les personnages de la tragédie grecque, ils évoluent dans notre monde d’aujourd’hui, avec des problématiques très contemporaines (immigration, violences policières, réseaux sociaux…) mais aussi des thématiques universelles sur la famille, la jeunesse, la solidarité, la liberté… 

Le film est surtout l’occasion d’une révélation, celle de la jeune Nahéma Ricci, qui crève l’écran, avec son visage angélique, irradiant, sa fougue et son charisme. Elle incarne une Antigone moderne saisissante, guidée par son coeur, viscéralement attachée à sa famille. 

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Antigone, un film de Sophie Deraspe


lundi 7 septembre 2020

Police : un drame intimiste et déprimé sur le mal-être policier

 

Virginie, Aristide et Erik sont trois flics à Paris et leur quotidien n’est pas évident. Ils se voient confier une mission inhabituelle, celle de reconduire à la frontière un étranger en situation irrégulière. Mais en route, Virginie comprend que leur prisonnier risque la mort s’il retourne dans son pays. Comment vont-ils gérer ce cas de conscience ? 

Police est un drame intimiste et déprimé sur le mal-être policier. Il y a quelque chose d’inexorable dans le film, qui ronge de l’intérieur des flics désenchantés, en lutte avec leur conscience, profondément abîmés et durement impactés dans leur vie personnelle. 

Tout ne me paraît pas toujours crédible ou cohérent dans l’histoire… notamment dans les événements qui se déroulent à l’aéroport. Mais l’essentiel est ailleurs. Le film veut avant tout explorer l’âme de ses personnages principaux, incarnés par un trio d’acteurs et actrice remarquables, en particulier un formidable Grégory Gadebois. 

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Police, un film d'Anne Fontaine


Enorme : une comédie aux accents burlesques... mais pas seulement.

 
Claire est une pianiste à la renommée internationale. Frédéric, son mari, s’occupe de tout, à la maison comme dans la carrière de sa femme. Il s’étaient mis d’accord de ne pas avoir d’enfant, à cause de leur mode de vie. Et puis, à 40 ans, ça lui prend d’un coup : Frédéric veut un enfant. Il remplace par des sucrettes les pilules de Claire, qui tombe alors enceinte à son insu. Alors que Claire est dans le déni de grossesse, Frédéric réagit comme si c’était lui qui était enceinte. 

Énorme est, certes, une comédie aux accents burlesques mais pas seulement. C’est un film au ton singulier, parfois cru, plutôt gonflé, pour parler de question profondes, notamment autour du désir d’enfant, de la maternité et et de la paternité. Il rappelle une évidence qu’il est pourtant légitime de rappeler : il faut être deux pour faire un enfant… et chacun doit décider, de son plein gré, de devenir père ou mère. Le film finit même par revêtir une dimension quasi-documentaire dans son traitement extrêmement réaliste de l’accouchement, avec d’ailleurs une fin de film est très touchante. 

Le ressort comique du film repose sur un couple avec des rôles inversés, non seulement selon les normes sociales (c’est l’occasion de se moquer de quelques clichés…), mais aussi selon la biologie (le mari cherche même à trouver une solution pour pouvoir lui-même allaiter l’enfant…) ! Et quand le couple est incarné par Marina Foïs et Jonathan Cohen, c’est quand même l’assurance de bons moments de comédie. 

Certes pas parfait (le mélange des genres perturbe un peu), Énorme est un film surprenant et original, qui mérite le détour.  
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Énorme, un film de Sophie Letourneur


lundi 31 août 2020

Petit pays : une histoire bouleversante mais un film qui ne l'est pas...


Dans les années 1990, Gaby est un jeune garçon qui vit au Burundi avec son père, un entrepreneur français, sa mère rwandaise et sa petite soeur. Il fait les 400 coups avec sa bande de copains… jusqu’à ce que la guerre civile éclate. 

L’histoire, évidemment, est bouleversante, avec le terrible génocide des Tutsis, la haine et les violences d’une guerre civile horrible, vus à hauteur d’enfants. Des enfants métisses, en plus, où on leur demande de choisir entre être Tutsi ou français... En plus de ce drame, Gaby et sa soeur Ana font face à celui, plus intime, de leurs parents qui se déchirent.

Malgré quelques scènes réussies, le film ne m’a toutefois guère emballé. Je l’ai trouvé manquant de souffle, avec un montage assez peu lisible et une évocation plutôt évasive de la guerre elle-même. Du coup, je suis resté extérieur au film, il ne m’a pas embarqué. Dommage…

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Petit pays, un film d'Eric Barbier


 


Effacer l'historique : une charge loufoque contre la société de consommation

Trois voisins et amis font face à des déboires avec les nouvelles technologies et Internet. Marie est victime de chantage avec une sextape, Bertrand a sa fille qui est harcelée au lycée suite à une vidéo postée sur Internet et Christine, chauffeur VTC, ne comprend pas pourquoi elle n’arrive pas à avoir plus d’une étoile dans les évaluations de ses clients. Mais ils décident de prendre le taureau par les cornes et de ne plus se laisser faire, quitte à aller jusqu’en Amérique pour récupérer une vidéo dans un data center ! 

Effacer l’historique est une comédie très drôle, une charge loufoque contre la société de consommation. C’est grinçant, un peu trash parfois, mais aussi empreint d’une certaine poésie. Et c’est surtout franchement bien vu ! Tout y passe : réseaux sociaux, publicités ciblées, démarchage téléphonique, harcèlement numérique, surendettement, uberisation, GAFA, gilets jaunes et j’en passe… Bref, c’est vraiment notre société de consommation aujourd’hui qui est décrite, certes avec humour et dérision, mais aussi avec justesse : nombre de fois dans le film, on assiste à une scène qui nous rappelle vraiment quelque chose que nous avons déjà vécu ! C’est une chronique sociale, un film politique, qui manie l’humour comme une arme qui fait mouche. Bref, un mélange de Ken Loach, Black Mirror et Groland, en quelque sorte. 

Le trio principal de comédiens (Blanche Gardin, Corinne Masiero et l’excellent Bruno Podalydès) est parfait. Ils sont à la fois très drôles et attachants, et même touchants. Et puis on se régale avec les nombreux guests qu’on croise tout au long du film (je vous laisse le plaisir de les découvrir). 

Une comédie très drôle et grinçante, et très contemporaine. Une belle réussite du duo Kervern et Delépine. 

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Effacer l'historique, un film de Gustave Kervern et Benoît Delépine




mardi 25 août 2020

Tenet : sans doute le film le plus jubilatoire de Nolan

Miraculeusement rescapé d’une opération secrète, un agent des forces spéciales reçoit la mission de déjouer un complot international qui vise à rayer l’humanité de la surface du globe. Son seul point de départ, un mot : Tenet. Et la découverte mystérieuse d’objets dont l’entropie est inversée. (Si vous voulez un peu comprendre ce qu’est l’entropie, vous pouvez regarder cette vidéo...)

La première moitié du film ressemble à un James Bond (dont Nolan ne se cache pas d’être fan) : un film d’espionnage, spectaculaire, avec juste quelques touches de SF. On y retrouve les éléments habituels du genre : des agents secrets bien habillés, un grand méchant russe, un complot international, des scènes d’action, de combat, de poursuite… Même s’il y a deux ou trois éléments qui aiguisent notre curiosité, on se dit que c’est certes divertissant mais quand même en-deçà de ce qu’on peut attendre d’un Nolan. Et puis, au milieu du film, on bascule complètement dans l’univers nolanien. Et là, ça devient un truc de fou. Sans spoiler, disons simplement qu’on retrouve un thème de prédilection de Nolan, le temps, qu’il triture dans tous les sens à partir de la thèse non pas du voyage dans le temps mais de l’inversion du temps. C’est en quelque sorte les ingrédients de Memento, Inception et Interstellar, mais survitaminés, dans un film d’action époustouflant. Alors, oui, c’est un peu difficile à suivre, tarabiscoté, vertigineux, parfois alambiqué… mais quel kiff ! 

Tenet n’est probablement pas le meilleur film de Christopher Nolan (on est un cran en dessous d’Inception, Interstellar ou Dunkirk), mais c’est certainement le plus jubilatoire ! 

En tout cas j’ai vraiment envie d’aller revoir le film au plus vite. D’abord parce que je n’ai pas tout compris ! Ensuite parce que j’ai vraiment envie de revoir la première moitié du film en connaissant la deuxième. Enfin, tout simplement, parce que le film est vraiment un divertissement de haut vol, hors-normes, un vrai plaisir de cinéma ! 

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Tenet, un film de Christopher Nolan

lundi 24 août 2020

Mano de obra : une satire sociale implacable

 

Alors qu’il travaille sur le chantier d’une luxueuse maison, Francisco assiste à la mort par accident de son frère. Mais le propriétaire ne verse aucun dédommagement à l’épouse de ce dernier, pourtant enceinte. Francisco va se battre pour faire changer cette décision injuste mais c’est peine perdue… Il décide alors de se faire justice lui-même, à sa façon. 

Mano de obra (“Main d’oeuvre” en français) est une satire sociale implacable et grinçante, qui part du constat des inégalités sociales au Mexique pour dresser un portrait guère optimiste de la nature humaine. Sans en dire trop de l’intrigue et de ses rebondissements, disons que si l’on est révolté au début du film du dédain et des embûches administratives que connaissent les “petits” face aux nantis, la suite montrera que le coeur du riche comme du pauvre n’est finalement pas très différent… L’altruisme et la solidarité ont du mal à résister à l’opportunisme et à l’égoïsme. 

Le réalisateur, David Zonana, fait preuve d’une évidente science du cadrage, et ceci dès la scène d’ouverture. Sa mise en scène, très sobre, ne fait qu’accentuer le caractère implacable d’un récit qui nous fait réfléchir sur les aspirations profondes de notre coeur. 

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Mano de obra, un film de David Zonana



Mignonnes : laisser le temps aux enfants de grandir

 

Amy a 11 ans et vient d’une famille d’origine sénégalaise. Alors qu’elle apprend que son père s’apprête à se marier avec une deuxième femme, et revenir en France avec elle, Amy est fascinée, dans son nouveau collège, par un groupe de filles de son âge qui veut s’inscrire à un concours de danse. Elle va tout faire pour intégrer leur bande, s’initiant seule à des danses sexy via Internet. 

Mignonnes parle de la difficulté de trouver sa propre voie et devenir une jeune femme aujourd’hui, face aux modèles féminins imposés par les traditions culturelles et religieuses, ou martelés sur Internet, en particulier les réseaux sociaux. La force du film, et son audace, est de rester à hauteur d'enfant, pour percevoir de leur point de vue le regard des adultes, et celui des ados entre eux. Ce parti-pris peut créer un certain malaise chez le spectateur, en voyant ces gamines de 11 ans jouer aux adultes, sans se rendre compte vraiment de ce qu’elles font, et de toutes les connotations des chorégraphies suggestives qu’elles copient sur des vidéos trouvées sur Internet. A cet égard, la scène du concours de danse est très parlante… Ce malaise est évidemment intentionnel de la part de la réalisatrice, Maimouna Doucouré, qui pointe du doigt dans son film les dérives de la sexualisation des jeunes filles, enfants ou ados, sur les réseaux sociaux, et l’impact que cela a sur des pré-adolescentes en train de construire leur identité de jeunes filles. 

Si le film est, sans doute, un cri d’alerte face à ces dérives, c’est aussi un plaidoyer touchant pour laisser le temps aux enfants de grandir, pour qu’ils ne perdent pas leur innocence trop tôt… C’est probablement la leçon qu’on peut tirer du très joli plan final du film. 

Mignonnes est riche aussi de plusieurs thèmes connexes : la famille, l’héritage culturel, la religion, la polygamie, l’éducation des enfants, l’adolescence, l’amitié… 

La réalisation de Maimouna Doucouré est pleine de vie, tout comme les épatantes toutes jeunes comédiennes (et aussi le petit frère d’Amy, absolument craquant !). Mignonnes est un film qui touche juste, sur des questions importantes et contemporaines. 

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Mignonnes, un film de Maimouna Dououré