lundi 24 mai 2021

Slalom : le piège terrible de l'emprise

 

★★★☆ 
"S’il y a dans le film deux longues scènes extrêmement malaisantes (et elles sont faites pour cela !), le reste du récit est sobre et suggère plus qu'il ne montre. Evitant tout manichéisme, il donne à réfléchir. (...) Le film évoque avec finesse un mécanisme d'emprise qui conduit jusqu'à l'abus sexuel. (...) Et dans le rôle de Lyz, la jeune Noée Abita est exceptionnelle de justesse." 

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mercredi 19 mai 2021

Garçon chiffon : portrait touchant d'un jeune homme perdu

 

★★★☆

"Garçon chiffon est un portrait touchant d'un jeune homme perdu et cassé de partout. Acteur singulier, à fleur de peau, Nicolas Maury réalise ici son premier film, très personnel, tendre et doux-amer."

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Michel-Ange : portrait d'un génie

 

★★★★

"Un passionnant portrait, tout en sobriété, voire une certaine austérité, mais qui n’empêche pas un souffle puissant, grâce à une mise en scène, une science du cadrage, un travail sur la lumière remarquables. On y découvre Michel-Ange, génie à l’hygiène approximative et au caractère difficile, consumé par son art et à la merci de ses mécènes. Derrière le génie se cache une vraie canaille… mais une canaille divine." 

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Adieu les cons : un formidable numéro d'équilibriste émotionnel

"Adieu les cons est un formidable numéro d’équilibriste émotionnel : j’ai ri aux éclats et j’ai pleuré ! Comme toujours chez Dupontel, derrière la farce on discerne un regard inquiet sur notre monde et plutôt désabusé sur la vie. Le film propose un cocktail détonnant, à la fois drôle, caustique, engagé et émouvant. C’est une fable contemporaine qui, derrière le burlesque et l’absurde, dénonce les travers de notre société moderne, capitaliste, déshumanisée..."

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samedi 15 mai 2021

Oxygène : un survival claustrophobique à souhait

 

★★★☆

Une jeune femme se réveille dans une unté cryogénique. Elle ne sait ni où elle se trouve, ni pourquoi elle est dans ce caisson, ni même qui elle est. Elle n’a en effet aucun souvenir. De plus, la capsule est visiblement endommagée puisque le niveau d’oxygène ne cesse de diminuer. Comment va-t-elle s’en sortir ? Va-t-elle réussir à joindre quelqu’un à l’extérieur qui pourra la sauver ? Arrivera-t-elle à retrouver des éléments de sa mémoire pour l’aider à s’en sortir ? Le temps presse… 

Thriller de science-fiction sous la forme d'un survival claustrophobique, Oxygène est un huis clos suffocant qui réussit son effet. Même si le projet est né avant la pandémie, c’est un véritable film de confinement qui offre un écho angoissant et saisissant à la période que nous connaissons. Et au fur et à mesure des révélations, le film va même se révéler en phase avec de nombreuses questions actuelles, que je ne vais pas trop citer pour ne pas spoiler… mais disons qu’elles tournent en particulier autour de la science et de l’avenir de l’humanité.

Oxygène est aussi un film à énigmes puisqu’on débute l’histoire avec une héroïne totalement amnésique, nous n’en savons donc pas plus qu’elle, et on va découvrir en même temps qu’elle les rebondissements et les explications qui vont petit à petit permettre de reconstituer le puzzle. Les surprises et les fausses pistes ne manquent pas, et quand on se remémore le film à la fin, on perçoit bien les indices qui ont parsemé le récit... et ça fonctionne !

Bref, il y a largement de quoi nous tenir en haleine pendant les 100 minutes du récit. D’autant que la mise en scène d’Alexandre Aja est franchement efficace et que Mélanie Laurent, omniprésente, est excellente. Oxygène n'est pas le film qui révolutionne le genre mais c'est assurément une jolie réussite ! 

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Oxygène, réalisé par Alexandre Aja, disponible sur Netflix



lundi 10 mai 2021

Milestone : une tranche de vie réaliste

 

★★★☆

Ghalib est chauffeur routier en Inde. Il a déjà parcouru plus de 500 000 kilomètres avec son camion, ce qui ne s’est jamais vu dans l'entreprise où il travaille. Mais Ghalib n’est plus très jeune et il souffre du dos. De plus, il fait face à une tragédie personnelle avec le décès de sa femme. Et quand il se voit confier par son patron la charge de former un jeune apprenti, il comprend que son emploi est menacé… 

Milestone est une tranche de vie réaliste d’un chauffeur de camion dans l’Inde contemporaine, marquée par la crise économique, la corruption et des conditions de travail et de vie précaires. Le film avance lentement, inexorablement, souvent baigné dans une lumière sombre et crépusculaire (avec une très belle photographie). C’est le portrait poignant et sobre d’un homme dont le camion est une seconde (voire une première...) maison et dont le travail, malgré ses conditions très difficiles, est toute sa vie. Ce qui n’a pas été sans impact sur sa vie de couple… 

La fort belle scène finale, chargée de symboles et à la portée douce-amère, n’invite guère à l’optimisme... mais elle termine de belle manière un film qui est un beau moment de cinéma réaliste. 

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Milestone (Meel Pattha), un film de Ivan Ayr, disponible sur Netflix


lundi 26 avril 2021

Le passager n° 4 : huis clos dans l'espace

 

★★

Un vaisseau spatial s’envole pour une mission de deux ans vers la planète Mars, avec trois membres d’équipage à son bord. Peu de temps après le début de la mission, mais trop tard pour envisager de faire demi-tour, un passager clandestin est découvert, inconscient. Alors que le nouveau venu est intégré à l’équipe, on se rend compte qu'il n’y aura pas assez d’oxygène pour permettre aux quatre passagers d’arriver jusqu’à Mars. Tout le monde cherche alors une solution… mais y aura-t-il une autre issue que de sacrifier le quatrième passager ? 

Le passager n° 4 (Stowaway en vo) est un survival spatial sous la forme d’un thriller psychologique en huis clos. La réalisation, qui prend son temps (ce qui convient tout à fait au sujet) est assez élégante et, malgré ses imperfections, le film est plaisant. 

Il y a, en effet, de bonnes idées, à commencer par le refus du spectaculaire et une volonté de nuance dans le profil des personnages (dans ce genre de film, on tombe vite dans la caricature). Je pense aussi à certains détails, comme par exemple le fait qu’on n’entend jamais les interlocuteurs à qui les personnages s’adressent sur terre (ils les entendent dans leurs écouteurs), ce qui accentue le sentiment de solitude. Et puis il y a aussi la portée métaphorique et sociale, derrière la figure de l’étranger, de l’immigré comme passager clandestin malgré lui. 

Mais le film a aussi ses limites, avec un certain nombre de raccourcis et d’invraisemblances, des rebondissements un peu téléphonés et une fin prévisible, un peu décevante. 

Malgré tout, Le passager n° 4 permet de passer deux heures agréables, avec ce qu’il faut de tension psychologique, et quelques beaux moments dans l’espace. 

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Le passager n° 4, un film de Joe Penna, disponible sur Netflix


lundi 19 avril 2021

Love and Monsters : de l'amour, certes, mais surtout des monstres !

 

★★☆☆

Alors qu’une météorite géante s’apprête à entrer en collision avec la Terre, l’humanité s’unit pour envoyer tous ses missiles pour la détruire… mais les retombées de l’explosion transforment les insectes et autres petites bestioles en monstres géants qui vont prendre le contrôle de la planète. Ce qui reste de l’humanité doit alors se réfugier sous terre. Sept ans plus tard, Joel Dawson décide de quitter le bunker où il vit avec sa colonie pour rejoindre sa petite amie du lycée, Aimee, avec qui il a renoué quelques semaines auparavant, par radio. Même si, pour cela, il devra parcourir 130 km en surface et affronter tous les dangers… 

Love and Monsters est une comédie post-apocalyptique avec, comme son nom l’indique, de l’amour et des monstres ! L’introduction du film donne rapidement une explication abracadabrantesque, et ironique (l'humanité s’unit… pour sa propre perte), pour justifier que la terre est désormais remplie de monstres terrifiants. Mais on s’en fiche un peu ! On l’aura compris : le film n’a pas l’intention de jouer la carte de la vraisemblance mais celle du divertissement. 

En réalité, c'est une sorte de Zombieland (le film de Ruben Fleischer) où les zombies sont remplacés par des monstres. On retrouve les mêmes ingrédients : un ton décalé, la voix off du héros, le guide de survie post-apocalyptique, la famille de substitution, l’histoire d’amour… Donc, en soi, ce n’est pas très original. Mais c’est efficace, et franchement divertissant. Les monstres sont réussis, l’humour fonctionne, l’histoire réserve quelques bonnes surprises (le chien, la colonie d’Aimee…) et finalement, les 100 minutes du film passent vite et nous font passer un bon moment de détente avec des monstres. 

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Love and Monsters, un film de Michael Matthews, disponible sur Netflix



lundi 22 mars 2021

Zack Snyder's Justice League : Snyder reprend la main, et ça se voit !

 

★★

J’avais vu Justice League quand il était sorti, en 2017 (après une production chaotique et un changement de réalisateur en cours de route), et je n’en ai pas gardé un souvenir impérissable... A vrai dire, je ne m’en souviens même pratiquement plus, à part quelques bribes, et le souvenir global d’un film bancal, à oublier. Je me garderai donc bien de faire ici une comparaison des deux films (je ne voulais quand même pas m’infliger un nouveau visionnage du film de Joss Whedon !). 

Zack Snyder a donc repris la main pour proposer sa version de Justice League, avec un long film de 4 heures, disponible seulement en VOD. Le pitch reste le même : Bruce Wayne, alias Batman, décide de se mettre à la recherche de méta-humains pour les unir dans un combat contre une redoutable menace qui approche. Il finira par rassembler autour de lui Wonder Woman, Aquaman, The Flash et Cyborg (spoiler : Superman, lui, est mort à la fin de Batman v Superman). Et franchement, bien calé dans son fauteuil, avec le son à fond, ça le fait ! Pas de doute, on retrouve la marque de fabrique de Zack Snyder (ses détracteurs ne manqueront pas de le faire remarquer !) : c’est épique, hyper spectaculaire, certes parfois grandiloquent, et bien plus sombre. Et même si 4 heures, c’est un peu long (mais je ne me suis pas ennuyé !), ça permet quand même de mieux développer les personnages, notamment Cyborg et The Flash. L’émotion n’est pas trop au rendez-vous (malgré quelques tentatives pas très heureuses…) mais le spectacle, oui, largement ! 

Reste l’épilogue où Snyder laisse apercevoir les suites qu’il aurait en tête (à la base, il voulait faire une trilogie), même si ça semble très peu probable qu’elles voient le jour. Mais allez savoir… Et, franchement, ça ne me déplairait pas ! 

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Zack Snyder's Justice League, un film de Zack Snyder, disponible en VOD



dimanche 14 mars 2021

Small axe : une fresque magistrale en cinq tableaux


❤❤❤❤

Plus qu’une mini-série, Small Axe est une anthologie de cinq films d’une durée variable (le plus court fait à peine plus d’une heure, le plus long, plus de deux heures), tous réalisés par Steve McQueen (12 Years a Slave) et qui ont en commun d’évoquer les conditions de vie des britanniques Noirs entre la fin des années 60 et le début des années 80. Cinq films qu’on peut regarder indépendamment les uns des autres mais qui proposent ensemble une fresque passionnante, engagée et tout simplement indispensable. 

Mangrove

Le premier est un véritable film coup de poing, autour du procès des Mangrove Nine, un groupe de militants noirs britanniques jugés pour avoir prétendument incité à une émeute lors d'une manifestation de 1970 qui protestait contre le ciblage abusif par la police de The Mangrove, un restaurant caribéen à Notting Hill, à l'ouest de Londres. 

C’est un film magistral qui décrit, dans sa première moitié, les humiliations, le harcèlement et les violences racistes subies par les Noirs à Londres à la fin des années 60 et au début des années 70. Et dans sa deuxième moitié, il évoque le procès des Mangrove Nine, un événement marquant dans l’histoire de la lutte pour les droits civiques des Noirs au Royaume-Uni.

Film politique puissant et engagé, Mangrove est magistralement mis en scène par Steve McQueen qui trouve un rythme et un équilibre parfait pour décrire la colère qui monte, la tension qui devient insoutenable. Avec quelques scènes d’une intensité rare, notamment dans la deuxième moitié du film (pendant le procès, dans ses coulisses, le moment du verdict final…), portés par d’excellents acteurs, en particulier Letitia Wright et Shaun Parkes (dont un face-à-face dans les coulisses du procès est un des grands moments du film). Indispensable. 

Lovers Rock

Dans les années 80, alors que les jeunes Noirs ne sont pas les bienvenus dans les boîtes de nuit, une jeune fille fête son anniversaire et organise une grande fête, dans une maison, où se retrouvent plein de jeunes, bien décidés à s’amuser et trouver l’amour. 

Lovers Rock est un véritable trip musical, sensuel et animal, parfois assez radical d’un point de vue formel. C’est visuellement fascinant. Dédicacé, dans le générique de fin, à tous les amoureux et les rockeurs, le film laisse planer une fausse insouciance sur ces jeunes qui passent cette soirée d’anniversaire. Car le danger et la violence ne sont pas loin : en dehors de la maison (avec une bande de jeunes blancs, une voiture de police), mais aussi au fond du jardin, à l’écart de tout le monde… Et puis quelques questions restent en suspens : qu’est-il arrivé à Patty quand elle a quitté la soirée ? Enfin, il y a le retour à la vie normale, dans les toutes dernières minutes du film, loin, justement, de l'insouciance de la fête... Brillant. 

Red White Blue

Leroy, un brillant jeune homme d’origine afro-caribéenne, est médecin légiste. Mais un jour, alors que la police londonienne cherche à recruter des agents issus de la communauté noire, il décide de postuler. Et il espère bien faire évoluer le système de l’intérieur... Sa démarche est très mal prise par son père, qui la comprend comme une trahison, d’autant qu’il vient, lui-même, d’être récemment arrêté de façon abusive et roué de coups par des policiers racistes. Leroy va alors devoir faire face au racisme de ses collègues et aux réactions hostiles des siens. 

Inspiré d’une histoire vraie, Red White Blue est une chronique sociale désabusée, toute en colère rentrée. Un sentiment qui ressort avec force dans la formidable dernière scène du film et le dialogue entre Leroy et son père. Avec l’excellent John Boyega, le film n’est pas le plus spectaculaire de l’anthologie mais sa sobriété est incontestablement sa force. Poignant. 

Alex Wheatle

Un peu dans la même veine que le précédent, le film évoque le destin de l’écrivain noir britannique Alex Wheatle. Le film s’ouvre sur son arrivée en prison, suite aux émeutes de Brixton en 1981, où il évoquera son histoire à son compagnon de cellule. Abandonné à la naissance par sa mère, Alex passe son enfance dans une institution où il est traité durement, sans amour, entouré exclusivement de blancs. Jeune adulte, il débarque à Brixton où il découvre la vie, le langage et la culture des Afro-caribéens, auxquels il appartient sans vraiment le savoir… 

Sans doute le moins percutant des cinq films, ce qui ne l’empêche pas d’être intéressant, Alex Wheatle parle de l’importance de connaître ses racines, qu’elles soient culturelles ou familiales, pour construire son destin. 

Education

Kingsley a 11 ans. C’est un enfant assez brillant, plutôt bon en maths et qui rêve de devenir astronaute. Mais il ne sait pas lire… Alors qu’il subit des humiliations en classe, et que ses parents sont trop débordés par leur travail pour s’occuper de lui, le directeur de son école décide de l’envoyer dans une école “spécialisée”. Mais il s’avère que les enseignants de cette “école” laissent les élèves voués à eux-mêmes, sans leur apporter le moindre enseignement. Un jour, la responsable d’une association contacte la mère de Kingsley pour lui dire la vérité sur l’école où se trouve son fils. 

Education est le plus court des cinq films de la série mais aussi le plus bouleversant et le plus intime. C’est sans doute le plus personnel des cinq films puisque le réalisateur s’est inspiré de son propre parcours scolaire, lui-même ayant été placé dans une école de ce type à cause de ses difficultés en lecture. Le film oscille entre le point de vue de Kingsley, son désarroi, sa frustration, son incompréhension de ce qui lui arrive, et le point de vue de sa mère, qui va petit à petit prendre conscience du piège dans lequel son fils est tombé. 

Et pourtant, le film se termine dans la lumière et l’espoir, avec ces très belles scènes dans la maison de cette femme qui accueille des enfants pour une “école du samedi”, et la magnifique conclusion du film, qui se prolonge pendant le générique, dans les étoiles. Tout simplement bouleversant. 

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Small Axe, cinq films réalisés par Steve McQueen, disponibles sur Salto