lundi 8 janvier 2018

Les heures sombres : un portrait fascinant d'un grand homme complexe

Le film évoque les premiers jours de l'accession de Winston Churchill au poste de premier ministre, le 10 mai 1940, alors que les Nazis progressent à grande vitesse, que les troupes alliées vont de défaite en défaite, et que 300 000 soldats britanniques sont piégés à Dunkerque...

Le film nous fait pénétrer de façon passionnante dans les coulisses d'une page d'histoire et propose un portrait fascinant d'un grand homme complexe. Dès son accession au poste de premier ministre, Churchill devra prendre une décision qui peut faire changer le cours de l'histoire : négocier un traité de paix avec l'Allemagne pour épargner la Grande-Bretagne ou se battre contre la barbarie nazie quel qu'en soit le coût. Pour y arriver, il devra faire face aux manoeuvres de son propre parti et faire avec le scepticisme du roi George VI à son égard.

Winston Churchil est incarné de façon époustouflante par un Gary Oldman méconnaissable, dans un rôle qui a toutes les chances de lui faire obtenir un oscar... mérité ! Contrairement à ce que j'ai lu dans plusieurs critiques, je n'ai pas trouvé le portrait de Churchil hagiographique. Le film ne cache pas les zones d'ombre du personnage, dans son caractère, dans sa carrière politique... Il se concentre sur quelques jours de sa vie, au cours desquels il apparaît comme un personnage complexe, un homme impossible à vivre, colérique, mais aussi plein d'humour, un orateur puissant, qui ne tient pas toujours parole, rongé par des doutes et des hésitations, mais aussi empreint de courage. Il était simplement l'homme de la situation à un des moments les plus sombres de l'histoire ! Et puis il y a aussi l'évocation du rôle discret mais important de son épouse, soutien essentiel mais aussi la seule à pouvoir lui dire ses quatre vérités en face.

Le film souligne tout le paradoxe de cet homme qui, privilégié, reconnaît n'avoir jamais pris le bus ni acheté son pain mais qui trouvera la force et le courage de son action dans son lien au peuple britanique. Le film le souligne, par exemple dans les scènes où Churchill est en voiture et observe le peuple londonnien dans sa vie quotidienne (filmé en traveling au ralenti) ou surtout dans une des scènes clés du film, lorsque Churchill prend le métro et discute avec des passagers sur l'action à mener face à la menace des Nazis. Bien qu'hypothétique d'un point de vue historique, c'est une des scènes les plus fortes du film.

La réalisation de Joe Wright est maîtrisée, avec une belle ampleur, un vrai souffle, certains plans audacieux (comme de spectaculaires plans en contre-plongée). La reconstitution historique est minutieuse et le film est passionnant, dans les coulisses d'une page de l'histoire.