Un film qui ose une forme originale pour évoquer la période de la collaboration de façon immersive, quasi documentaire. Un grand film. De ceux qui nous hantent et nous laissent intranquilles.
(critique complète ci-dessous ou ici)
Septembre 1940, le régime du Maréchal Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy, loin de sa femme et de ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver une place à la mesure de ses ambitions. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, « Notre salut », où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes pour gagner en efficacité, et participer au relèvement de la France.
Notre salut est un film choc, sidérant. Un film qui ose une forme originale pour évoquer la période de la collaboration de façon immersive, quasi documentaire : on se situe quelque part entre La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer et un épisode de Strip-Tease, la série documentaire belge ! Le film, par son dispositif, perturbe, déstabilise… et finit par se révèler extraordinairement pertinent.
L'histoire suit le quotidien d’un fonctionnaire ordinaire sous le gouvernement de Vichy. Père de famille, convaincu que le Maréchal Pétain est l’homme providentiel, il accomplit consciencieusement son travail dans le Limousin. Ce n'est pas un salaud, « juste » un collabo ordinaire.
Tourné caméra à l’épaule, le film reste au plus près d’Henri (formidable Swann Arlaud) dans son quotidien banal, au cœur d'une époque qui ne l’est pas ! La réalité de la France sous l’Occupation transparaît au détour d’une conversation, d’une réunion de bureau... Le mal est là, et on feint de ne pas le voir.
Le film est également ponctué, en voix off, d’extraits de lettres échangées entre Henri et sa femme, des lettres authentiques puisque le récit est librement inspiré de la vraie correspondance des arrière-grands-parents du réalisateur. Et cela donne encore une autre dimension au film !
Le réalisateur intègre enfin quelques anachronismes saisissants, notamment des musiques des années 1980, comme dans épisode assez délirant de danse, qui fait penser un peu à une scène d’un film de Yorgos Lanthimos. Ce ne sont pas les seuls effets d’ironie, souvent grinçante, d’un film assez souvent drôle. Mais c’est un humour qui ne rend que plus glaçant les moments où transparaît la terrible réalité du contexte de l’époque.
Jamais la période de la collaboration en France n’avait été filmée comme ça, jamais elle ne nous a paru aussi proche, jamais la question ne s’est posée avec autant d’acuité : qu’aurais-je fait à leur place ?
Notre salut est un grand film. De ceux qui nous hantent et nous laissent intranquilles.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire