Un film passionnant, qui prend le spectateur à témoin. Le récit soulève de nombreuses questions qu’il laisse volontairement en suspens, sans proposer de réponses univoques. Et c’est très bien ! Le spectateur devient ainsi un véritable acteur du film.
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Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord et se lient d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants adolescents des deux familles deviennent proches, malgré des éducations très différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause…
Palme d'or à Cannes (et prix du jury oecuménique), Fjord est un film passionnant, qui prend le spectateur à témoin. Le récit soulève de nombreuses questions qu’il laisse volontairement en suspens, sans proposer de réponses univoques. Et c’est très bien ! Le spectateur devient ainsi un véritable acteur du film.
Le récit se déploie autour de deux familles voisines et se construit sur l’opposition de cultures, qui donne l’occasion de soulever des questions fondamentales. Sur l’éducation des enfants : quelles valeurs transmettre, selon quels principes, comment équiper ses enfants pour leur vie, les protéger sans les enfermer ? Comment rester vigilant sur les risques d’abus et de violence sans tomber dans un soupçon excessif, influencé par des a priori ou des idéologies ? Comment ménager la liberté de conscience, les convictions religieuses et la laïcité, notamment dans le contexte scolaire ?
Face à toutes ces questions, le spectateur se tient aux côtés de ces parents à qui les enfants ont été enlevés, plutôt dans une posture d'empathie tout en restant dans l’incertitude. Car le film entretient savamment le doute et nous oblige à refuser les évidences trop faciles. Il nous place aussi aux côtés de leurs voisins qui s’interrogent, se méfient ou s’impliquent à leurs côtés.
Le film se place surtout aux côtés des adolescents des deux familles, qui se lient d’amitié et subissent un monde d’adultes complexe. C’est pour eux que naît la compassion la plus forte. C’est sans doute de leur côté qu’il faut chercher l’espoir : ils sont capables par l’amitié qu’ils lient entre eux, de dépasser les différences qui séparent les adultes. A cet égard, la belle scène finale est à la fois déchirante et porteuse d’espoir. C’est tout le film de Cristian Mungiu : un espoir n’est possible que si chacun y met du sien, en cherchant chez l’autre une humanité partagée. Le dénouement du récit nous invite à ne pas oublier de penser aux enfants en premier lieu. Tout le monde veut leur bien... Mais sont-ils vraiment pris en compte comme il convient ?
Les différents personnages sont constamment poussés à choisir leur camp… comme nous le sommes souvent aujourd'hui. Or le film est une passionnante invitation à la nuance, dans une époque qui en manque cruellement, en refusant les idéologies et les idées reçues, tout en maintenant une vigilance nécessaire sur les questions sensibles, comme celle des violences familiales.
Fjord est ainsi le film parfait pour un ciné-débat, non seulement par la complexité et la richesse des questions posées mais aussi par les résonnances forcément différentes, personnelles voire intimes, qu'il pourra susciter en chaque spectateur.
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