dimanche 24 mai 2026

Autofiction : Fantaisie et mélancolie autour du processus de création

 

Le film est mélancolique par les histoires qu’il raconte, hantées par la rupture, la mort et le deuil. Mais Almodovar s’amuse aussi avec un récit gigogne, un procédé par lequel il fait se répondre fiction et réalité.

(critique complète ci-dessous ou ici)

Raúl est un cinéaste renommé mais en pleine crise créative. Alors qu’un drame frappe l’une de ses proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire le scénario de son prochain film. Il imagine Elsa, une réalisatrice elle-même en train d’écrire son film, et dont le parcours rappelle le sien…  

Autofiction (Amarga Navidad, Noël amer en vo) est un peu le pendant pour Almodovar de son film Douleur et gloire. Les deux évoquent le processus de création et la façon dont un auteur puise son inspiration dans sa propre vie, et celle de ses proches. C’est un peu une façon de dire que toute œuvre de fiction est, d’une certaine manière, une autofiction. Et qu’elle embarque forcément avec elle l’entourage de l’auteur, qui peuvent le vivre plus ou moins bien. Mais alors que Douleur et gloire était profondément nostalgique, Autofiction, tout en étant mélancolique, est plus drôle, adoptant le ton de la fantaisie. 

Le film est mélancolique par les histoires qu’il raconte, hantées par la rupture, la mort et le deuil. Mais Almodovar s’amuse aussi avec un récit gigogne, un procédé par lequel il fait se répondre fiction et réalité, allant même jusqu'à évoquer une fiction dans la fiction, puisque le personnage central de l’autofiction du héros du film est elle-même une autrice en train d’écrire un scénario qui s’inspire de sa vie et de celle de ses proches ! 

Et cela donne un film hybride qui procure un réel plaisir de cinéphile. D’autant que le film est aussi plein d’autodérision, tant il est vrai que le réalisateur lui-même est habitué à l’autofiction. Et il ne se prive pas de s'auto-référencer avec malice dans son récit. 

Il convient encore de mentionner l’importance de la musique dans le film, comme c’est toujours le cas chez Almodovar, non seulement vecteur d’émotion mais aussi véritable protagoniste du récit. C’est le cas en particulier dans deux très belles scènes de la fiction, avec deux chansons. Ceci en plus de la belle bande originale, comme toujours composée par son complice Alberto Iglesias. 

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Autofiction, un film de Pedro Almodóvar
avec Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón

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