Un film brillant, un choc cinématographique assez époustouflant. Avec une réalisation virtuose et un récit hyper-tendu. Une face à face spectaculaire.
(critique complète ci-dessous ou ici)
Esteban Martinez est un réalisateur de réputation mondiale. Il est de retour en Espagne pour tourner son nouveau film et il a décidé d’en offrir le rôle principal à sa fille, qui est une jeune actrice encore peu connue, et qu’il n’a pas vue depuis treize ans.
L’être aimé est un film brillant, un choc cinématographique assez époustouflant. Avec une réalisation virtuose et un récit hyper-tendu. Sorogoyen filme les scènes de dialogue comme de véritables duels. On le constate dès la formidable scène d’ouverture : un simple dialogue dans un restaurant lors des retrouvailles du père et de sa fille, très long (20 minutes), en champ-contrechamp. Une entrée en matière extraordinaire, qui en dit déjà beaucoup sur les deux personnages principaux du film et leur relation… pour le moins compliquée.
Il y a aussi un autre morceau de bravoure au cours du film, une scène mémorable au cours d’un tournage. Sans en dire trop, ça commence de façon normale, puis ça bascule dans la comédie lorsque les acteurs sont pris de fou-rire, pour se terminer dans une forme de violence étouffante. La salle rit d’abord beaucoup, mais on termine la scène dans un silence pesant. Impressionnant.
Qui plus est dans les décors du Sahara, le film prend presque des allures de Western où les revolvers sont remplacés par des mots… et des regards !
Le film porte d’abord sur une relation père-fille en souffrance, marquée par l’absence du père. Comment peut-on renouer un lien brisé et blessé ? Comment parvenir à dire son amour, ou son besoin d’être aimé, en acceptant ses failles, en reconnaissant ses erreurs, en laissant tomber le masque…
Mais c’est aussi un film sur le cinéma, une façon passionnante de passer derrière la caméra. Sorogoyen y décrit, autour du personnage de Javier Bardem, des rapports de violence, d’autoritarisme, de manipulations… qui n’existent pas seulement sur des plateaux de tournage. Le réalisateur intègre aussi de nombreux clins d'œil, souvent drôles (dont une photo du réalisateur joué par Javier Bardem avec une Palme d’or dans les mains). Il propose aussi de multiples idées de mise en scène, jouant sur l’image, le son, le mélange entre tournage et vie réelle…
Il faut enfin souligner, au cœur du film, deux interprètes au sommet. Javier Bardem est immense. Victoria Luengo, qu’on connaît moins, lui tient la dragée haute. Leur face à face est spectaculaire. Un grand moment de cinéma.

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